Evénement japonais au Jardin d'Acclimatation

Publié le par Zazen Rouge

Peut-être n'êtes vous pas sans ignorer que le Jardin d'Acclimatation de Paris invite chaque année un pays, qui est mis à l'honneur pendant un mois à travers divers stands et animations. En 2012, ce pays n'est autre que le Japon , un choix appréciable un an après la catastrophe qui a frappé l'archipel et réduit le nombre de touristes français en terres nippones. Les exposants se succèdent donc depuis le 7 avril, et seront présents jusqu'au 8 mai. Je vous encourage chaudement à aller leur rendre visite malgré les températures peu favorables, car nombre d'entre eux viennent directement du Japon dans le seul but de présenter leur culture en France. L'entrée coûte la modique somme de 2,90 euros, et le parc se trouve à cinq minutes à pied de la station de métro Les Sablons.

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Les koinobori, décorations en forme de carpes remontant le courant, sont des symboles de la Fête des Garçons (le 5 mai)

Des stands au renfort de l'artisanat local

Je reviendrai ultérieurement sur les activités auxquelles j'ai contribué aux côtés de l'association Shikoku Muchûjin avec l'aide des bénévoles de l'Inalco et de Sciences Po, car cette semaine mérite un article à part. Revenons d'abord sur les nombreux stands consacrés à l'artisanat traditionnel japonais et disposés tout au long d'une ruelle traversant le jardin. Certains proposaient aux intéressés de revêtir de sublimes kimonos contemporains, d'autres des costumes médiévaux, d'autres encore vendaient des poupées de bois tubulaires (こけし – kokeshi) ou des petits bijoux en origami. J'ai pu ainsi découvrir la boutique parisienne Yakimono, spécialisée dans les céramiques japonaises : bols à thé Takatori-yaki (style de poterie originaire de Kyûshû) d'une grande finesse, plats marqués par les arabesques des flammes, cette adresse a attisé ma curiosité ! Sur un autre stand, une dame charmante venue de Kyôto confectionnait des lampes en bambou tressé qui projetaient sur le sol un kaléidoscope de lumière. Une seule de ces pièces raffinées pouvait nécessiter jusqu'à trois mois de travail...

Acclimatation 0659Notre voisine de stand, d'une bonté inégalable, présentant des vêtements faits avec des pièces de kimonos

Il était agréable de voir que plusieurs espaces étaient consacrés à des régions extérieures à la mégalopole, comme Okinawa, Shikoku, ou encore la préfecture d'Iwate qui a été rudement touchée par le tsunami l'an dernier. A ce sujet, vous pourrez visiter l'exposition « Un an après le séisme et le tsunami ». Un des organisateurs m'a gentiment offert un recueil en japonais intitulé Kokoro no Gentôkai, qui rassemble des poèmes et messages écrits par des habitants de Fukushima de 3 à 90 ans. Tel ce haïku écrit par Isamu Kumagai, un père de famille de la zone sinistrée :

« Ma fille de un an qui depuis ce fameux jour n'a pu s'amuser dehors,

Tout le monde admire ses jambes potelées et la pâleur de son teint. »

Voilà me semble-t-il un bel exemple de l'extraordinaire optimisme des Japonais, qui s'efforcent à voir les bons côtés des situations les plus sombres.

Acclimatation 0652 Une vision bien plaisante ma foi!

Les amateurs de gastronomie populaire nippone ne seront pas déçus non plus. Vous aurez la possibilité de goûter à des bentô (boîte à repas) variés, à base de poulet, de poisson cru ou de légumes. Mention spéciale à nos voisins du stand Shinano (allez les voir dans leur restaurant du côté de Porte Maillot !), une famille énergique dont la gentillesse et les nouilles de blé udon bouillantes et roboratives nous ont sauvés du froid tous les midis ! Au stand On mange comme daimyô, vous pourrez déguster des plats inspirés de la cuisine de l'ère Edo (1603 – 1868), et chez Atsu Atsu des takoyaki (boulettes farcies au poulpe) un peu chers mais qui satisferont les nostalgiques du Kansai. Vous trouverez aussi moultes boulettes de riz fourrées et pâtisseries à base de pâte de riz et de purée de haricots rouges sucrée. Au final, les exposants étaient tous d'une grande amabilité, et j'ai eu l'impression de vivre pendant une semaine dans un petit village idyllique où tout le monde se prête main forte dans la bonne humeur.

Acclimatation 0721Occupée que j'étais à courir partout, j'ai pris très peu de photos des stands. Voici donc à la place l'ours brun débonnaire qui semblait un peu triste de ne pas pouvoir participer aux animations!

 

Des performances pour les grands et les petits

Côté scène, la qualité était tout autant au rendez-vous. Stupeur totale pour ma part quand j'ai aperçu des shirabyôshi (白拍子) déambuler dans les allées du parc. J'avais évoqué lors de mon séjour à Kyôto ces danseuses populaires auprès de la Cour impériale de l'époque Heian (794 – 1185). Elles sont traditionnellement vêtues d'un costume d'homme : pantalon-jupe vermillon (緋 – hibakama), veste à manches larges blanche (水干 – suikan), et coiffe haute du nom d'eboshi (烏帽子). Elles dansaient notamment au son de chansons de 7-5-7-5-7-5 syllabes, les imayô (今様 - « chansons à la mode d'aujourd'hui »), qui différaient des poèmes waka classiques. Ces chants pouvaient avoir pour thématique des récits religieux shintô ou bouddhistes, l'amour, ou encore des phénomènes de société. Nous avons donc pu admirer quelques démonstrations de ces danses hypnotisantes.

Acclimatation 0757Charmantes, très charmantes shirabyôshi...

Heureuse surprise aussi que de voir des interprètes de danse japonaise traditionnelle(日本舞踊 – nihon buyô) se mouvoir sur scène. La danseuse Yûko Fujima a même présenté un groupe d'enfants, très gracieux dans leurs kimonos à longues manches, et fort appliqués aussi ! Se sont succédés sous les projecteurs des joueurs de flûte shakuhachi, des défilés de kimonos pour toutes les occasions, et les musiciens déjantés du Kuricorder Quartet, auteurs de la musique de l'émission éducative Pythagora Switch et d'unereprise à la flûte à bec de la Marche impériale ! Les jours qui viennent accueilleront aussi des performances de théâtre Nô, et plus rare encore, de véritables maikoet geiko de Kyôto. Précipitez-vous, car vous ne les reverrez pas de sitôt !

Acclimatation 0748Une jeune danseuse traditionnelle bien douée

 

Rencontres autour du thé

Enfin, je ne pouvais ignorer les stands consacrés à la culture du thé. J'ai enfin pu faire la connaissance de Carol Negiar, spécialiste des thés japonais et tenancière de la boutique Chajin à Paris, le rendez-vous des amateurs de thé vert. J'ai eu le droit à une séance de dégustation très instructive sur les trois grands types de thés couverts (appelés ainsi parce qu'on protège les arbustes du soleil au cours de la production). D'abord, le matcha, le thé en poudre utilisé dans la cérémonie du thé. Puis le thé haut-de-gamme gyokuro, et enfin le kabusecha. C'était la première fois que je buvais un kabusecha, et j'ai été séduite par sa saveur puissante caractéristique de l'umami, le célèbre « cinquième goût » japonais. Sur les présentoirs, magnifiques boîtes à thé recouvertes de tissu traditionnel, pâtes d'amande au thé vert, et accessoires de cérémonie du thé, un régal ! 

KabusechaUn thé vert couvert, le kabusecha (source: Wikimedia Commons)

Mes compagnes de l'Inalco et moi nous sommes inscrites pour une séance de thé dans la Maison de Thé conçue par Charlotte Perriand à l'âge de 90 ans. A mi-chemin entre la yourte afghane et le pavillon de thé, cette structure permet de réaliser des cérémonies sur tatami tout en permettant à un nombre important de personnes d'assister à la séance, et pour ceux qui prennent soin de leurs genoux, de s'asseoir sur des chaises. Ayant gaiement choisi l'option tatami, je me suis retrouvée malgré mon inexpérience à la place de l'invité d'honneur avec une vue imprenable sur les gestes de notre hôtesse Michiko Uchino. Nous avons énormément apprécié l'hospitalité chaleureuse de l'équipe, qui nous a fournit des explications sur chaque accessoire à la fin de la séance, et nous a invitées à venir les rejoindre au Japon. 

Acclimatation 0711Nos hôtesses, dans leur maintien admirable, et mes géniales compagnes de Sciences Po et de l'Inalco!

De superbes objets avaient été rassemblés pour une procédure spéciale appelée chabako (茶箱), du nom de la boîte à thé où trouvent leur place tous les ustensiles essentiels. La boîte en elle-même était d'une préciosité remarquable : laque noire poudrée d'or (蒔絵 – maki-e), elle représentait des scènes de vie à la Cour impériale de l'époque Heian, avec des garçonnets en costumes de papillons jouant dans les jardins d'un palais, et des joyaux bouddhiques incrustés de nacre et d'ivoire... Le premier bol était un Sometsuke (染付け – type de poterie blanc à motifs bleus) dépeignant de ravissants personnages perdus au milieu de vastes paysages. Le second bol était de facture contemporaine, tout de verre épais et moiré, avec une base à trois pieds, et avait été commandé pour l'occasion. La cuillère était également parée de laque, indiquant un haut degré de formalité. Somme toute, nous avons été reçues comme des princesses !

 

Publié dans Zazen Festivités

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nikosan 05/05/2012


Très bel article, Julia ! J'aurai aimé y être...


Remarquable la Maison de Thé de Charlotte Perriand, qui était il y a peu de temps encore installée au Bon Marché, en résonance avec une exposition qui se tenait au Patit Palais !

海子 Okasan 10/05/2012


" Lente et joyeuse


au son du shakuhachi -


je me promène! 


  海子


            Bonjour
Julia,


un mot de ta part concernant cet événement majeur sur Paris, me manquait!


Quel plaisir le mien de te lire et quelle peine de t'avoir raté!


Avec cet article, c'est comme si nous étions ensemble dans ce même beau jardin, parmi
cette partie de l'archipel nippon qui s'est déplacé pour se dévoiler et partager tant d'aspects qui font sa singularité.


J'ai passé un très bon moment au jardin le jour de la fête des garçons.


Une chose cependant m'a manqué... La compagnie de quelqu'un d'autre connu à mes côtés,
partageant ce même intérêt pour ce pays  


Les "très charmantes shirabyōshi" sont magnifiques et vous aussi dans la photo d'ensemble avec vos hôtesses "dans leur maintien
admirable" !


Merci pour tant de grâce et
attachement au Japon partagés.


海子