花町 - Hanamachi

Publié le par zazen-rouge.over-blog.com

Petit rappel: une geiko est la version kyôtoïte de la geisha. C'est une "personne des arts" qui maîtrise à la perfection certaines facettes de la culture traditionnelle japonaise telles que le shamisen (instrument japonais à trois cordes), le chant, la danse ou encore la cérémonie du thé. Elle prend le rôle d'hôtesse au cours de repas et initie des jeux et activités pour divertir les invités. Une maiko est une apprentie geiko, qui a généralement entre 15 et 20 ans. Son costume comporte généralement davantage d'ornaments que celui de la geiko, afin de masquer la différence d'expérience qu'il existe entre elles. La manière la plus aisée de distinguer une maiko d'une geiko est de regarder leurs cheveux (la geiko, plus âgée, porte une perruque, tandis que la coiffure de la maiko est réalisée avec ses propres cheveux) et leurs kimonos (celui de la maiko a de longues manches). Pour plus d'informations sur les geiko et maiko, je vous recommande un passage sur le site Immortal Geisha.


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La maiko Mameteru, la geiko Wakana, la maiko Mameharu.

Saurez-vous repérer les différences maiko/geiko?

 

Il existe actuellement à Kyôto cinq hanamachi, cinq quartiers qui perpétuent la tradition des geiko. Le plus connu est celui de Gion Kôbu qui abrite une trentaine de maiko et un peu plus de geiko. Il est situé en plein coeur du quartier de Gion, autour de la pittoresque (et touristique) rue de Hanamikôji. C'est un endroit où il agréable de se promener, de jour comme de nuit, et où l'on fait souvent des rencontres intéressantes. Il est en revanche plus difficile d'entrer dans les vieilles maisons de thé sans être introduit par quelqu'un au préalable. Si vous vous postez devant la plus ancienne d'entre elles, le Ichiriki-tei, vous apercevrez très probablement maiko et geiko se hâtant vers leur lieu de travail entre 16 heures et 18 heures. J'ai eu la chance d'être invitée (grâce à la compagnie miho-project pour qui j'ai réalisé quelques traductions) à la réouverture de la maison de thé Tsudarou (leur site internet devrait ouvrir sous peu). J'ignore quels sont leurs prix (c'est un bar/restaurant très chic) mais confirme que la cuisine est bonne et le cadre enchanteur!

 

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Le patron d'Ichiriki-tei attend à la porte du magasin pour accueillir les clients.

 

En face de la rue de Hanamikôji, en traversant l'artère de Shijô, vous arriverez dans un second hanamachi, Gion Higashi. Ce quartier connaît malheureusement bien des déboires ces derniers temps, avec la défection de plusieurs de ses maiko. Elles ne sont aujourd'hui plus que quatre, et quelques dizaines de geiko. Gion Higashi jouxte une zone peuplée de bars et de restaurants. Il est amusant de voir les maiko le soir croiser hôtes et hôtesses aux coiffures extravagantes à la sortie des bars. Non loin de là, on peut se promener dans le joli quartier de Shinbashi avec ses machiya (maisons traditionnelles), sa rivière, ses cerisiers et ses saules. Un paysage emblématique du karyûkai ( 花柳界) - monde des cerisiers et des saules, métaphore de l'univers des maiko et geiko - qui vaut le détour, notamment fin mars et début avril.

 

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Le quartier de Shinbashi début avril.

 

Un peu plus au sud de Gion, le long de la rivière Kamo, prospère le hanamachi de Miyagawachô.  Miyagawachô compte lui aussi une trentaine de maiko et d'autant plus de geiko. Ses charmantes ruelles sont moins envahies de voyageurs que celles de Gion. Cela n'empêche pas les boutiques de maiko henshin de s'y développer. Celles-ci proposent aux intéressés pour l'équivalent de plus ou moins 75 euros de se déguiser en maiko, geiko, samouraï ou membre du Shinsengumi et éventuellement de se promener dans Kyôto ainsi vêtu. Vous pouvez reconnaître un maiko henshin d'une véritable maiko à la coupe de cheveux (les henshin utilisent des perruques) bien que dernièrement les henshin se soient mis à proposer des déguisements plus complets avec des semi-perruques recouvertes par les cheveux du client. Toujours dans ce quartier, je vous conseille chaudement la pâtisserie Shôjuken ( 松寿軒). Nous y sommes entrées par hasard et nous sommes vues proposer le thé par la vendeuse. Nous y avons donc dégusté la spécialité du magasin, des monaka (gaufrettes fourrées à la pâte de haricots rouges). Délicieux! En discutant avec la vendeuse et son mari pâtissier, adorables tous les deux, nous nous sommes rendus compte que la vendeuse et moi nous étions déjà rencontrées à l'occasion d'une cérémonie du thé. Nous sommes reparties avec quatre gâteaux offerts, car les patrons de Shôjuken étaient ravis que des étrangers s'intéressent aux pâtisseries japonaises!

 

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Deux maiko se croisent dans une rue de Miyagawachô.

 

Le quatrième hanamachi se trouve à Pontochô. Il est le lieu de résidence de quelques maiko et geiko un peu plus nombreuses qu'à Gion Higashi. La longue ruelle de Pontochô, très prisée des voyageurs, est bordée de restaurants de cuisine japonaise pour la plupart. Que vous soyez friands de tempura (beignets de légumes et de poissons), d'okonomiyaki (tortillas japonaises) ou de sushi, vous y trouverez votre bonheur. Les prix sont cependant un peu élevés pour la plupart des restaurants. En été, ces derniers étendent des terrasses en bois (kawadoko) au dessus de la rivière Kamo. Il est même possible selon les endroits de se faire servir par des maiko! A Pontochô vous ne manquerez sans doute pas le magasin Usagi-ya, dont la spécialité n'est autre que... les lapins! Pour décorer, bien sûr. Leur vitrine est très amusante car elle montre des léporidés pratiquant diverses activités saisonnières japonaises.

 

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Les lapins de l'Usagi-ya de Pontochô chassent les libellules l'été.

 

Le dernier hanamachi est celui de Kamishichiken, au nord-ouest de Kyôto. Il longe le temple de Kitano Tenman-gû. Ce dernier est dédié à Sugawara no Michizane, mieux connu sous le nom de Tenjin, divinité de l'intelligence. Le temple est célèbre pour ses pruniers et organise tous les 25 février la Fête des fleurs de prunier (Baikasai), au cours de laquelle la dizaine de maiko de Kamishichiken ainsi que leurs aînées geiko servent le thé aux visiteurs. Un spectacle ravissant à ne manquer sous aucun prétexte si vous êtes dans la région du Kansai à ce moment. En octobre vous pourrez aussi assister à la procession de Zuiki Matsuri qui fait parader dans le quartier des guerriers en armure, archers à cheval, enfants en costumes de princes et princesses... Des chars faits de légumes sont également exposés dans l'enceinte du temple à l'occasion de cette fête.

 

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La maiko Ichiteru et la geiko Umechika servent le thé à Baikasai, fête des fleurs de prunier.

 

Il existait autrefois un sixième hanamachi, Shimabara, où vivaient les courtisanes (oiran) et quelques tayû ( 太夫), les courtisanes de rang le plus élevé. De nos jours, cette tradition est presque complètement tombée dans l'oubli. Il existe pourtant toujours une maison à Shimabara qui fait office de musée relatant le mode de vie et les arts des courtisanes. Une ancienne maiko a consacré sa vie à perpétuer les arts des tayû sous le nom de Tsukasa Tayû. Vous pouvez assister à des danses de tayû à de rares occasions comme Ningyô Kuyô, l'Office en l'hommage des poupées au temple Hôkyô-ji tous les 14 octobre, ou le 1er avril au même endroit. Quelques différences vestimentaires entre la tayû et la geiko: la tayû porte beaucoup plus d'ornements dans ses cheveux, et le noeud de son obi (ceinture de kimono) est tourné sur le devant du kimono. Elle a également les pieds nus (alors que la geiko porte les chaussettes fendues à l'orteil du nom de tabi), chaussés de sanbon-ashi geta (des chaussures surélevées en bois à trois "pattes").

 

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La tayû Kisaragi pendant Hana Kuyô (Office en l'honneur des poupées) au temple Hôkyô-ji.

 

IMG 3986Notez la forme des chaussures. Avec poids du kimono (parfois plus de 20 kilos), pas étonnant que la tayû ait besoin d'un chaperon pour l'aider à marcher!

Publié dans Zazen Geisha

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stefan2009 14/06/2010 21:19



Excellent article ! Je me souviens du kimono de Mameteru, Wakana l'avait porté lorsqu'elle était maiko, il est magnifique !! Dommage que les kimono à motifs de neige soient si rares et portés
principalement en février, j'aimerais en voir plus souvent.


Sinon une toute petite correction : sur la photo de la Baikasai, ce n'est pas la geiko Katsue mais Umechika qui est avec Ichiteru :)



Zazen Rouge 15/06/2010 01:12



Merci, je vais corriger cela de suite! Le kimono de Mameteru est en effet splendide. J'ignorais que Wakana l'avait elle aussi porté. Il devait lui aller à ravir!