Introduction à la calligraphie japonaise (1/2)

Publié le par Zazen Rouge

Ce billet fait suite à celui sur le vernissage de l'exposition « SHO1 : 41 Maîtres calligraphes contemporains du Japon » au musée Guimet. Étant très ignorante en la matière (les rares fois où je me suis essayée à la calligraphie, les résultats se sont avérés désastreux), l'exposition m'a appris beaucoup de choses, et je me dis qu'écrire un petit récapitulatif à ce sujet permettra peut-être à des néophytes comme moi d'apprécier un petit mieux cette intéressante discipline.

 

Comment la calligraphie s'est-elle développée au Japon ?

Désignée sous le nom de shûji (習字 – « apprentissage des lettres ») ou celui plus noble de shodô (書道 – littéralement, « la Voie de l'écriture »), la calligraphie est un art qui reste populaire au Japon. Les caractères chinois, appelés kanji (漢字) en japonais, seraient apparus vers 1700 avant J.-C. On a ainsi retrouvé des pictogrammes gravés sur des carapaces de tortues (甲骨文 - kôkotsubun ), puis inscrits sur des lamelles de bambou (木簡 – mokkan). Les caractères chinois seront importés au Japon au VIème siècle. La calligraphie dépend donc profondément au départ de modèles chinois.

KokotsubunLes premiers caractères chinois retrouvés étaient inscrits sur des carapaces de tortues ou des os d'animaux, et étaient utilisés lors de rites divinatoires (source: Wikimedia Commons)

Mais c'est à partir du Xème siècle que la calligraphie évolue vers un style japonais propre (和様 – wayô), notamment avec la création des caractères simplifiés dits kana. Ces caractères forment deux alphabets syllabaires qui viennent compléter les caractères chinois. Car ces derniers sont en réalité peu adaptés à la langue japonaise, qui comporte beaucoup d'homophones, mais pas d'accentuations différentes pour les distinguer. En outre, les kanapermettent une plus grande souplesse d'écriture et une certaine sensibilité dans la littérature, puisqu'ils sont moins durs que les kanji employés par les lettrés.

KanaLe chapitre "Yadorigi" du Dit du Genji (roman du XXème siècle écrit par Murasaki Shikibu) écrit en caractères syllabaires japonais kana dans un rouleau illustré datant d'environ 1130 (source: Wikimedia Commons)

Influencée par des courants philosophiques tels que le confucianisme ou le taoïsme, la calligraphie va aussi être associée au Zen et gagner une place importante dans d'autres disciplines artistiques telles que la cérémonie du thé, les arts martiaux, l'arrangement floral ou encore la peinture. Si cette matière n'est plus obligatoire à l'école, vous trouverez néanmoins un club de calligraphie dans chaque lycée japonais, et pourrez assister à de nombreux événements qui lui sont consacrés. Des concours récompensant les calligraphes les plus doués sont par exemple organisés pour chaque nouvelle année, comme au sanctuaire Kitano Tenman-gû à Kyôto.

Calligraphie 9592Matériel de calligraphie au sanctuaire Kitano Tenman-gû à Kyôto

 

Le nécessaire du calligraphe

Voici quelques outils que l'on retrouve souvent dans la panoplie des maîtres calligraphes :

  • Le pinceau (筆 – fude) : en poils d'animaux, il peut être de différentes textures, plus ou moins flexible, afin de créer des effets variés. La taille du pinceau peut être adaptée en fonction de la taille de la calligraphie.

    Calligraphie 0040

    Des pinceaux en veux-tu en voilà chez le calligraphe Kôzô Higasa!

  • L'encre (墨 – sumi) : mélange de suie (généralement originaire de bois de pin) et de colle d'origine animale, l'encre séchée prend souvent la forme d'un bâtonnet de 12 x 4 x 2 cm. L'encre devient liquide lorsque le bâtonnet est frotté avec un peu d'eau. Pour les plus grandes œuvres, on peut utiliser des bouteilles d'encre liquide (墨汁 – bokujû), mais l'idéal reste de produire soi-même son encre. On peut jouer sur la densité de l'encre, ou encore sur sa couleur.

  • La pierre à encre (硯 – suzuri) : une pierre sculptée sur laquelle on va venir frotter le bâtonnet d'encre. Elle fait aussi office de réservoir au fond duquel l'encre liquide va s'accumuler.

    800px-Ink brush and stone set

    Pierre à encre, bâtonnet d'encre et pinceau (source: Wikimedia Commons)

  • Le papier (紙 – kami) : relativement fin, il possède un côté absorbant et un côté brillant plus lisse. Il convient de ne pas le placer dans n'importe quel sens car il faut faire attention aux lignes du papier. Les feuilles utilisées d'ordinaire dans la calligraphie japonaise portent le nom de hanshi (半紙). Notons que pinceau, encre, pierre à encre et papier font partie d'un ensemble nommé « Les quatre trésors du lettré » (文房四宝 – bunbô shihô).

  • Des bunchin (文鎮), réglettes métalliques un peu lourdes, peuvent être utilisés afin de maintenir le papier bien en place et éviter qu'il ne se froisse.

  • Il est recommandé de placer le papier sur une surface absorbante dite shitajiki (下敷). Il peut s'agir par exemple d'un carré de feutrine. Une petite surface rigide pourra aussi être utilisée sous le papier au moment d'appliquer le sceau.

  • Le sceau (判子 – hanko, ou encore 落款 - rakkan): accessoire indispensable, il est la signature que l'on appose une fois la calligraphie terminée. A l'origine fait d'une pierre taillée, on ne le presse pas au hasard. Le calligraphe choisit soigneusement l'endroit où il va déposer son sceau en fonction de certaines conventions (à gauche de la calligraphie pour un nom, à droite pour les sceaux qui retranscrivent un poème), ou dans la recherche d'un équilibre harmonieux.

  • L'encrier pour le sceau (朱肉 – shuniku) contient une pâte vermillon à base de cinabre. On prendra soin de bien tapoter le sceau contre l'encrier afin que la pâte se répartisse sur toute sa surface.

    Calligraphie 0602Maître Sôkyû Nagamori répartit soigneusement la pâte rouge sur le sceau qu'il va apposer

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eg 12/05/2012 08:55


Voici un blog passionnant que je découvre et partagerai volontiers.


A bientôt!

Angelo - horizonsdujapon.com 16/03/2012 01:04


Merci pour toutes ces précisions. Ça donne envie de s'y mettre ^^