北野をどり - Kitano Odori

Publié le par Zazen Rouge

Kitano Odori est la danse annuelle des maiko et geiko du hanamachi de Kamishichiken. Sa 58ème édition se tenait cette année du 25 mars au 7 avril au théâtre de Kamishichiken. Nous autres pipoteuses (entendez par là "étudiantes en sciences politiques") du Havre avons une affection toute particulière pour ce quartier puisque les premières maiko à nous avoir ensorcelées de leurs danses n'étaient autres que les deux demoiselles les plus expérimentées de ces lieux. Nous avons par la suite eu maintes occasions de recroiser le duo de "cols blancs" accompagnés d'autres consoeurs.

 

Je m'interromps pour faire une parenthèse. Nous avons nos cols blancs et nos cols bleus; les maiko elles ont leurs cols blancs et leurs cols... rouges. Plus une maiko est jeune, plus son eri ( 衿), c'est à dire le col qu'elle porte sous son kimono, est rouge. Au fur et à mesure qu'elle grandit et gagne en expérience, les motifs du col deviennent de plus en plus blancs, pour finir complètement blancs au bout de quelques années. Ce n'est pas la seule différence vestimentaire qui existe entre maiko junior et maiko sénior. Les juniors portent des ornements pour cheveux généralement plus chargés que ceux de leurs aînées, et ne peignent en rouge que leur lèvre inférieure, ce qui démontre un caractère enfantin.

 

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Les maiko Ichifuku et Shinaju, originaires du hanamachi de Pontochô.

Arriverez-vous à déterminer laquelle des deux est la plus âgée?

 

Mais revenons donc au sujet de ce billet. Mes comparses pipoteuses ont eu la gentillesse (je les en remercie encore!) de m'inviter à Kitano Odori pour mon anniversaire. Nous avons ainsi pu découvrir l'intérieur coquet du théâtre de Kamishichiken. A signaler qu'un Beer Garden s'y tient en été pendant lequel les clients se font servir par les maiko et geiko. Une excellente occasion de voir de près ces fascinantes hôtesses, voire d'échanger quelques mots avec elles. Le rideau du théâtre était brodé de fleurs de prunier, emblèmes du temple Kitano Tenman-gû. J'ai entendu dire que sous l'ère Heian (794 - 1185), les fleurs de prunier étaient si appréciées que le mot "fleur" ( 花 - hana) faisait implicitement référence à elles dans la littérature. Depuis l'ère Edo (1603 - 1868), hana évoque surtout les fleurs de cerisier.

 

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La scène du théâtre de Kamishichiken

 

La première scène, Kitano Hôraku ( 北野豊楽), révélait une geiko se rendant prier pour la bonne fortune au temple de Kitano Tenmangû. Deux personnages richement vêtus et coiffés de fleurs de pruniers font ensuite leur apparition. Ils entamment une danse auspicieuse tandis que les rejoignent trois grues (symboles japonais du bonheur) qui virevoltent dans leurs kimonos multicolores. A l'arrière-plan, maiko et geiko manient les instruments de musique avec sérieux. Certaines jouent du taiko ( 太鼓 - tambour), d'autres du tsuzumi ( 鼓 - petit tambour portable) ou encore de la flûte ( 笛 - fue). Les geiko au chant et au shamisen ( 三味線 - instrument à trois cordes) sont elles assises à l'écart de la scène, sur la gauche et la droite des spectateurs. On distingue les geiko tachikata ( 立方, qui se consacrent à la danse) des geiko jikata ( 地方, qui se spécialisent dans le chant et la musique).

 

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Les protagonistes de la première danse

 

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Maiko et geiko maîtrisent aussi plusieurs instruments

 

La deuxième danse, Jûnidan-gaeshi ( 十二段返し), décrivait douze scènes d'une pièce du théâtre kabuki. " Chûshingura" ( 忠臣蔵), plus connue chez nous sous le titre de "L'histoire des quarante-sept rônin", est le récit de la revanche de quarante-sept rônin (samouraïs sans maître) sur Kira Yoshinaka, qui a provoqué la mort de leur seigneur. C'est une histoire extrêmement populaire au Japon, où elle illustre la notion de loyauté jusque dans la mort (les héros savent qu'en vengeant leur maître, ils seront condamnés à se suicider par seppuku). Les rôles principaux étaient ici interprétés par des geiko d'âge mur aux gestes imagés. Quelle incroyable gamme d'émotions elles ont su nous transmettre! Leur simple éventail était à la fois canne de vieillard, coupe de saké et sabre effilé! 

 

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Des rônin bien déterminés

 

Immédiatement après, les maiko ont fait leur entrée en scène pour Shikunshi ( 四君子), la danse des quatre gentilhommes. Ce thème classique de la peinture chinoise et japonaise établit une métaphore entre des qualités attribuées aux hommes et à certaines fleurs. Les quatre gentilhommes de la pièce sont en réalité une fleur de prunier, une orchidée, un bambou et une chrysanthème, associés respectivement à l'hiver, au printemps, à l'été et à l'automne. Une occasion pour les maiko à col blanc de nous en mettre plein la vue! L'orchidée aura ici été remplacée par la fleur de cerisier, parce que bon, une chanson sans référence aux sakura, ça n'est pas assez japonais dans l'âme tout ça! 

 

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"Les Quatre Gentilhommes", interprété par les jeunes filles en fleurs

 

Et c'est parti pour le final, Kamishichiken Yakyoku ( 上七軒夜曲), dansé par tous les artistes sous des guirlandes de fleurs de cerisier, il n'y en a jamais assez! Une vision enchanteresse. Vous n'échapperez pas à ma propagande: Kitano Odori, c'est du tout bon!

 

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Un final majesteux

Publié dans Zazen Geisha

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