Japon contemporain

Mercredi 1 août 3 01 /08 /Août 23:48

Toutes les photos qui figurent dans cet article sont la propriété de mon frère Théo Inisan, que je remercie pour le soutien continu qu'il m'apporte.

 


 

J'ai longuement hésité avant d'écrire ce billet, de peur d'être mal comprise ou que mes mots trahissent ma pensée. Ce qui a motivé la rédaction de ce texte, c'est cet article émouvant écrit par Kaeru, grande amoureuse du Japon. Je ne vais pas vous cacher plus longtemps que nos pensées diffèrent fortement autour de la question : que signifie voyager au Japon après Fukushima ? Je ne peux réprimer le désir de répondre ici aux arguments poignants qu'elle a évoqués. Veuillez néanmoins garder à l'esprit que je respecte entièrement la sincérité des propos de Kaeru et son initiative, malgré la divergence de nos opinions, et je vous encourage à lire son blog avec assiduité !

 

Fukushima : où se trouve la vérité ?

Après l'accident nucléaire qui a dévasté la centrale de Fukushima Daichi et ses environs, Français comme Japonais se demandent à juste titre quelles seront les conséquences de cette catastrophe. Difficile de se fier aux bilans édulcorés fournis par les autorités officielles, ou aux messages rassurants diffusés par les industriels ! Les conséquences sont déjà pourtant dramatiques sur toutes sortes de plans : santé, moral, environnemental, économique... Et il est probable que personne ne puisse à l'heure actuelle mesurer toutes les répercussions du sinistre. Nous avons bien hélas un précédent avec l'accident de Tchernobyl, mais le contexte était sensiblement différent, ne serait-ce qu'au niveau géographique, et nous ne pouvons affirmer que le sort de Fukushima sera identique à celui de sa malheureuse consœur ukrainienne. Une chose est sûre, les habitants de Fukushima et des préfectures voisines ont déjà commencé à payer le prix de cette catastrophe générée par l'Homme.

03Le mont Bandai dans la préfecture de Fukushima

Face à la difficulté d'évaluer avec exactitude la situation, il est impératif de ne pas oublier ce qui a eu lieu et de s'informerà l'aide de sources diversifiées. Il existe en ligne de nombreux sites consacrés à l'observation des évolutions liées à l'accident de Fukushima. Mon but n'est pas de les mentionner tous, mais je souhaite souligner le travail remarquable fourni par Les Veilleurs de Fukushima. Outre les pages et articles cités par Kaeru dans son article, vous pouvez aussi visiter la section du Japan Real Time intitulée « Fukushima Watch », qui fournit des indications variées et régulières. Pour quelques encarts intéressants sur les liens entre l'industrie du nucléaire et la mafia japonaise, vous pouvez parcourir le site Japan Subculture Research Center, même si l'information y est déjà un peu plus orientée.

55Petite grenouille japonaise (アマガエル - amagaeru) dans le jardin de ma famille d'accueil à Kitakata

Un constat qui peut surprendre est que les Japonais semblent parfois ignorer les dangers auxquels ils font face. Ma propre famille d'accueil, originaire d'une ville de montagne de la préfecture de Fukushima, m'a dit après le séisme : « Le sol de la salle de bain s'est fissuré, mais tout va bien ! Les radiations ? Oh, ne t'inquiète pas, nous ne sommes pas les plus touchés ! » Ce n'est qu'une supposition de ma part, mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'un déni collectif. Les citoyens japonais sont évidemment très inquiets au sujet de leur avenir. Il suffit de voir l'indignation et le désespoir sur le visage des parents qui ne peuvent retenir éternellement leurs enfants à la maison et doivent se résigner à les laisser jouer dehors. Sur Facebook, des Japonais d'habitude discrets quant à leurs opinions politiques protestent avec véhémence contre le redémarrage des centrales. Dans une culture où le peuple est habitué à prendre son mal en patience (我慢する – gaman suru), les manifestations s'opposant à l'énergie nucléaire prennent une telle ampleur que l'on évoque maintenant une « Révolution des Hortensias ». Voyez ainsi ce document sur le site de Kibô Promesse (l'association désapprouvera certainement mon message personnel, mais n'en fournit pas moins un travail méritoire d'information et de charité!).

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Alors pourquoi les Japonais persistent-ils à vous assurer que « tout va bien ? » Peut-être parce qu'ils sont peu accoutumés à se plaindre, qu'ils préfèrent aller de l'avant, ou qu'ils n'ont tout simplement pas d'autre choix que de passer à autre chose. On se rappelle avec admiration la pudeur dont avaient fait preuve les sinistrés que l'on voyait sur tous les écrans l'année dernière. Je vous parlais précédemment d'un recueil de poèmes confectionné par des habitants de Fukushima. Bien que l'ouvrage ait été conçu pour dénoncer les conséquences de l'accident, les multiples auteurs ont fait le choix de n'écrire que des poèmes positifs. Je crois que cette décision illustre bien cette grande force des Japonais, qui parviennent à surmonter les obstacles les plus cruels sans se laisser abattre.

 

Ces fous furieux qui vous enjoignent à aller au Japon

J'ai entendu des critiques très vives, venant des fois de nipponophiles des plus respectables, à l'égard des personnes qui continuent de promouvoir le tourisme sur l'archipel. Pardonnez-moi si je me dépare de toute objectivité dans les paragraphes suivants, mais c'est là un fait qui me touche particulièrement. Car outre le fait que je sois directement concernée par ces condamnations, elles touchent surtout des amis, en France et au Japon, qui sont parfois mis à l'égal de criminels. J'aimerais pouvoir ajouter quelques fondations au débat afin d'expliquer les sentiments qui nous animent, moi comme d'autres, à vous encourager à vous rendre sur un sol qui souffre encore des blessures de l'an passé.

02Le fameux torii de Miyajima

Un argument auquel je m'oppose avec virulence est que soutenir le tourisme au Japon, c'est soutenir l'industrie du nucléaire. Inutile de vous exposer ici la façon dont je vote, vous aurez deviné que je n'ai jamais marché main dans la main avec Areva (et c'est peut-être dommage pour mon porte-monnaie, soit!). Pas plus que la mère de famille qui vous prépare votre okonomiyaki dans une cantine locale ne reçoit de contrat de la part de TEPCO. Les choses ne sont pas aussi simples, même si une économie dynamique peut effectivement présenter de belles opportunités pour l'industrie du nucléaire. Lorsque je me suis rendue en novembre dernier à Shikoku avec mes compagnons blogueurs, je me suis étonnée du nombre de personnes qui nous ont remerciés. « Merci ! Merci d'être venus nous rendre visite. Vous savez, nous voyons si peu de nouveaux visages depuis la catastrophe... » Merci ? Tout le plaisir était pour moi ! Peut-être ai-je tout à fait tort, mais je crois du fond du cœur que les Japonais ont besoin plus que jamais que l'on vienne à eux. Que l'on ne les traite pas en parias. Que l'on ne qualifie pas leurs efforts d'inutiles. Et que l'on ne contribue pas davantage à faire de leur maison un lieu de mort et d'oubli.

37Mer intérieure de Seto

Certains guides, accompagnateurs freelance, ou amis résidant de longue date au Japon, font les frais de polémiques qui les accusent d'être des inconscients, voire parfois des meurtriers calculateurs. Ils feraient leurs choux gras en mettant en danger leur clientèle. Pourtant, aucune de ces personnes de mon entourage ne fait de réel bénéfice financier de la promotion du tourisme. Il est même parfois très délicat pour eux de joindre les deux bouts. Ce n'est généralement pas une activité que l'on choisit pour l'argent, mais parce que l'on aime profondément les gens. Quel crève-cœur quand je sais que ces individus que l'on taxe de vénalité sont en vérité des amoureux du Japon et de la France, des pères et des mères de famille, des passionnés qui investissent des sommes colossales de temps et d'argent afin de faire connaître une culture – la leur ou d'adoption – qui mérite de vivre encore longtemps.

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Sont-ils pour autant irresponsables ? Souvenons nous ici que dans un archipel qui s'étend en longueur sur plus de 2500 kilomètres, les réalités sont très diverses. Il n'y a certes pas de risque zéro. Mais entre un séjour dans le Tôhoku au nord du Japon et une visite à Okinawa au sud de l'archipel, le danger est considérablement moindre dans le second cas de figure. Je ne vous mettrais pas en garde outre mesure si vous alliez passer quinze jours dans le Kansai. En revanche, si vous envisagez de vous installer dans la ville de Sendai, proche de celle de Fukushima, pour les dix années à venir avec vos jeunes enfants, je vous inciterai à reconsidérer soigneusement votre projet. Il est normal, même sain, que des familles françaises ayant vécu le traumatisme du 11 mars aient remis en question leur volonté de continuer à vivre au Pays du Soleil Levant. Mais je connais également bien des individus sensés qui ont subi le séisme et qui ont malgré tout décidé de retourner là-bas plus ou moins longuement, parce que cela en valait la peine. Je suis moi-même retournée deux semaines à Shikoku l'année dernière. Je me porte bien, merci. Je n'ai (malheureusement?!) pas pris plus de risques que lorsque je vais rendre visite à ma famille dans le nord de la France, non loin de la centrale nucléaire de Gravelines.

 

La culture japonaise n'est pas morte

« Le Japon des animés, le Japon de Miyazaki, le Japon des mangas, le Japon des romans, le Japon à la cuisine raffinée, le Japon fun et rigolo n'existe plus » écrit Kaeru. Voilà une affirmation qui me plonge dans l'affliction. En toute honnêteté, je ne peux dire si ces Japons sont bels et bien morts, ni même s'ils ont jamais vraiment existé. Avant d'être le Japon des arts traditionnels ou celui des game centers, le Japon est pour moi avant tout le Japon des gens. Je ne parle pas ici de l'élite des politiciens conservateurs ou des trublions nationalistes qui défrayent la chronique. Non, je parle de ces gens qui se plient en quatre pour vous montrer les bons côtés de leur pays, de ces familles qui vous accueillent comme si vous étiez liés par le sang, de cet employé qui vous court après dans la gare pour vous signaler que vous pouvez prendre un train moins coûteux, de cette amie qui vous remercie de lui faire redécouvrir sa culture alors que c'est elle qui a sacrifié ses journées pour vous permettre de voyager, de ces bons vivants de tous âges qui vous racontent en riant des histoires sans queue ni tête autour de la table d'un bar typiquement japonais...

54Procession de Hanagasa Junkô pendant le Festival de Gion à Kyôto

Le Japon de ces gens-là n'est pas encore mort ! Le Pays du Soleil Levant n'est certes plus aussi candide qu'il l'était avant le 11 mars 2011, mais peut-on enterrer si vite un peuple qui a su se relever après l'horreur de Hiroshima ? Nombreux sont ceux qui se battent pour préserver ce que leur culture a de bon, et pour bâtir une société meilleure. Alors par pitié, ne renoncez pas à votre intérêt pour le Japon. Pour les Japonais, mais aussi pour vous. Parce que la culture nippone est tellement riche et variée que vous y trouverez selon toute vraisemblance votre bonheur. Cela fait maintenant plus de treize ans que j'ai été envoûtée par les charmes de l'archipel, et j'ai le sentiment qu'il me faudrait plusieurs vies pour pouvoir prétendre « connaître » le Japon. Il y a tant de choses à voir, à faire, à entendre, goûter, sentir... Vous pouvez prendre le parti de voyager au Japon, en vous informant au préalable(j'estime qu'il est dans tous les cas important de se renseigner quelque peu avant de partir à l'étranger, afin de se d'optimiser son séjour), de manière responsable. Je ne crois pas que vous ferez de mauvaise expérience. Même si vous décidez de remettre l'aventure à plus tard, n'abandonnez pas pour autant votre curiosité.

50Le quartier de Shinsaibashi à Osaka

Toutes sortes d'organismes s'emploient à promouvoir en France la culture japonaise auprès de ceux qui ne souhaitent pas ou ne peuvent voyager. Si vous lisez régulièrement mes élucubrations, vous connaissez déjà l'association Shikoku Muchûjin ; comptez entre autres l'Espace Japon, les sympathiques associations Japon et Culture à Lille et TENRI à Paris, la Maison de la Culture du Japon, le musée Guimet, les conférences des professeurs de l'Inalco et de Sciences Po, les boutiques Jûgetsudô et Chajin autour du thé, les innombrables cantines japonaises de la capitale (un excellent petit magazine nommé « Mogu Mogu » est disponible dans certaines d'entre elles et vous aidera à trouver de bonnes adresses), et les participants du festival Samurai Japon... Ce sont les premiers à me venir à l'esprit à l'instant, mais il y en a bien d'autres tout aussi méritants. Je ne peux tous les lister ici, et c'est quelque part une bonne chose, qui témoigne de la vitalité de la culture nippone en France.

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Voici également quelques liens qui vous permettront de suivre les vies de blogueurs qui sont retournés ou retournent au Japon (notez que ces personnes n'embrassent pas nécessairement mes propos et que je les mentionne ici parce que j'apprécie leurs qualités littéraires et leurs initiatives) : l'incontournable David d'Ogijima, Horizons du Japon et le blog de Niwatori pour jeter un œil à ce qui se passe du côté d'Osaka, Béné qui devrait bientôt nous donner ses impressions sur Fukuoka et ses environs, Asiemutée et ses superbes articles, Florent Weugue l'expert en thés, les photos et textes brillants de Stéphane Barbery, les reportages pleins d'humour sur En Direct de Tokyo, et enfin la rédactrice de l'Empereur et le Papillon, qui ne réside pas actuellement au Japon mais dont l'enthousiasme pour la culture japonaise me remplit de joie à chaque article. Encore une fois, je m'excuse de ne pouvoir tous les faire figurer ici. La communauté nipponophile française peut se vanter d'avoir beaucoup de sites de qualité.

 

 

Voilà, j'arrête ici mes tirades, soyez indulgents envers ce billet plus subjectif que d'habitude ! Libre à vous de continuer à débattre dans les commentaires, tant que cela se fait en toute civilité. La prochaine fois, je tenterai de vous parler d'un sujet moins fâcheux, comme ce qui fait une bonne pièce de Nô selon le dramaturge Zeami, ou les journaux des dames de Cour de l'ère Heian !  

Par Zazen Rouge - Publié dans : Japon contemporain - Communauté : Voyages et culture Japonaise
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Lundi 12 mars 1 12 /03 /Mars 03:32

Un petit billet à l'occasion de la commémoration du premier anniversaire de la catastrophe du 11 mars 2011. Ce message s'adresse moins aux Japonais, qui font preuve de tant de dignité et de courage et vers qui mes pensées vont chaque jour, qu'aux Français. Je ne vous ferai pas ici de description détaillée des effets du séisme et des avancées des travaux de reconstruction ; vous trouverez toutes ces informations en ouvrant votre journal du matin, ou sur des sites et blogs spécialisés qui les relayeront mieux que moi. Je souhaite juste mentionner ici un commentaire très juste d'Angelo Di Genova qui s'adresse aux voyageurs qui hésiteraient à partir au Japon :

« C'est aujourd'hui que le Japon a besoin de vous. Pas demain. »

Ces mots peuvent sembler facile à prononcer à l'heure où l'on ignore encore la pleine étendue des conséquences des accidents à la centrale de Fukushima, mais il me semble important de contrebalancer la vision apocalyptique que dépeignent certains médias. Les incertitudes exprimées par les Français au sujet de la sûreté de l'archipel sont bien compréhensibles, d'autant plus s'il s'agit de personnes qui n'y ont jamais mis les pieds. Le séisme de l'an dernier restera gravé dans les mémoires de ceux qui l'ont vécu. Mais il aussi faut garder en tête que c'est le tsunami qui a été particulièrement meurtrier, et que le tremblement de terre aura au final fait relativement peu de victimes lorsque l'on songe à son ampleur. Le Japon est habitué à de fréquentes secousses et dispose de technologies parasismiques remarquables, sans doute les plus efficaces au monde. Je vous incite à lire le livre Les Japonais de Karyn Poupée, ou l'article que j'avais écrit sur la conférence de Katsuyuki Yakushiji, qui devraient vous rassurer sur les dangers réels que présentent les séismes au Pays du Soleil Levant.

Tohoku 0487Le mont Bandai (préfecture de Fukushima) en 2009

Les radiations sont hélas plus préoccupantes dans la mesure où il est difficile de déterminer leur impact sur la santé au long terme. Les Japonais n'ont néanmoins pas tardé à développer techniques et instruments pour minimiser les risques. Au final, les personnes les plus concernées sont celles qui vivent et demeureront à Fukushima et dans les préfectures avoisinantes pour de longues années. Les habitants de Tokyo et des autres régions ont moins de souci à se faire, et les risques sont de l'ordre de l'infime pour les voyageurs.

Tohoku 0545La promenade de Goshiki-numa dans la préfecture de Fukushima

J'ai eu la chance de pouvoir me rendre dans la fantastique préfecture de Kagawa en novembre dernier, grâce aux initiatives de l'association Shikoku Muchûjin. J'ai pu constater que non seulement tout le monde s'y portait très bien, mais que de surcroît les locaux redoublaient d'efforts pour faire passer un merveilleux séjour aux touristes. Touristes qu'ils accueillaient avec beaucoup d'émotion, car le Japon a énormément souffert des désertions et de la baisse du tourisme en 2011. Comme vous pouvez le voir en lisant mes articles, mon voyage fut une expérience inoubliable, forgé de découvertes extraordinaires et de superbes rencontres. Et il m'a fait tellement de bien !

Tohoku 0250Pittoresque île d'Ogijima sur la mer de Seto, à Shikoku

Je n'ai pas encore eu l'occasion de retourner à Fukushima, mais je compte le faire dès que possible. J'y serais retournée aux lendemains de la catastrophe sans l'ombre d'une hésitation si j'en avais eu les moyens matériels. Devoir rester en France à ce moment crucial a été pour moi une souffrance, et je le regrette amèrement. Parce que la préfecture est l'un des endroits les plus charmants au monde, et que ses habitants ont un sens de l'accueil inégalable. J'y ai tout bonnement passé une grande partie des meilleurs moments de ma vie. J'y compte trois familles qui me considèrent comme leur fille et qui sont devenus mes parents japonais, et tant d'amis qui me sont chers.

Tohoku 0602Otô-san, mon papa japonais de Kitakata (préfecture de Fukushima), sait profiter de la vie! Devant lui, des pièces fondantes de boeuf de Yonezawa tout juste ramenées de la préfecture voisine.

Tohoku 0570

A gauche: Okaa-san, mon adorable maman et fine cuisinière de Kitakata.

A droite, une employée du sanctuaire Uesugi-jinja (préfecture de Yamagata) qui m'a interpelée avec joie alors qu'elle ne m'avait vue qu'une fois trois ans auparavant!

A vous qui auriez aimé partir au Japon, mais qui vous sentez un peu confus face aux informations contradictoires quant à la situation de l'archipel, prêtez l'oreille à ceux qui y vivent et ceux qui y retournent. Il serait tellement dommage de passer à côté d'une si belle expérience ! Allez à la découverte de ce pays si aimable ! Je vous garantis que vous ne le regretterez jamais. J'espère qu'à l'avenir les privations seront plus dues à la conjoncture économique qu'à de quelconques craintes liées au 11 mars... Les Français ont suffisamment boudé le Japon (-36% d'affluence en 2011). Que 2012 soit favorable aux échanges franco-japonais!  

Tohoku 9770Taoka-sensei vous attend avec le sourire à Takamatsu (préfecture de Kagawa) pour partager avec vous les subtilités de la cérémonie du thé!

Par Zazen Rouge - Publié dans : Japon contemporain - Communauté : Voyages et culture Japonaise
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Mardi 25 octobre 2 25 /10 /Oct 01:54

Ayant eu quelques semaines assez chargées en termes de travail, j'ai pris du retard dans la publication de mes billets et tiens à m'en excuser auprès des lecteurs qui attendaient la suite de cet article. La voici sans plus attendre!


L'agenda politique du Japon

Katsuyuki Yakushiji a souligné plusieurs priorités pour le gouvernement japonais, des points qui s'avéreront cruciaux pour le pays à long terme.

  1. Nous avons d'abord la nécessité de rechercher de nouvelles sources d'énergie. Ayant déjà évoqué un peu la question dans le billet précédent, je ne reviendrai pas là-dessus.

  2. Une autre préoccupation des Japonais est bien sûr le vieillissement et la diminution de la population. Aujourd'hui, ce sont plus de 23% de la population japonaise qui sont âgés de plus de 65 ans. Et ce chiffre va encore s'accroître dans les années à venir. A ce rythme, en 2050, plus de 30% du salaire des personnes actives sera utilisé pour soutenir les retraites. Mr Yakushiji s'est montré assez alarmiste en soutenant que de nombreux jeunes vont vouloir quitter le Japon. Je crois qu'il serait intéressant de mettre en relation les politiques japonaises et françaises dans ce domaine. Le Japon et la France ont tous deux des systèmes de retraites qui dépendent énormément de la population active. La France pourrait peut-être fournir des idées quant à la promotion de la natalité. Notre conférencier a pour sa part parlé de faire venir des travailleurs immigrés, car le Japon n'a pour le moment pas de politique sur l'immigration. Prenant l'exemple du déficit d'aides soignants, Mr Yakushiji a affirmé qu'une fois retraité, il serait plus heureux d'être pris en charge par une aide soignante philippine souriante qu'une Japonaise ronchon ! « Chaque année, environ 300 Philippines viennent faire leurs études dans l'espoir de devenir infirmières au Japon. Au final, seules trois d'entre elles réussissent les examens. Ces jeunes personnes sont pourtant des élites dans leur pays. Je pense qu'il ne serait pas mauvais que l'on revoie le niveau des tests de sélection. »

    640px-Population pyramid of Japan, 2005.svg

    La pyramide des âges au Japon en 2005, en dizaines de milliers de personnes (source: Wikimedia Commons)

  3. Enfin le gouvernement japonais est très concerné par la faible croissance et le rétablissement du budget de l'État. La dette japonaise dépasse les 908 billions de yens, c'est à dire plus de deux fois le PIB national. « Je ne suis pas fier de l'admettre, souffle Mr Yakushiji, mais ces chiffres sont pires que ceux de la Grèce ! ». Il faut réactiver la croissance et l'industrie. On pourrait promouvoir la libéralisation du commerce avec de nouveaux accords, mais ce n'est pas si simple. Les oppositions à la création de partenariats sont fermes quand il s'agit de protéger l'agriculture japonaise.

Pour Mr Yakushiji, il faut concevoir un nouveau système politique plus rationnel. Il s'est même explicitement demandé si la démocratie était toujours un modèle idéale pou faire face aux multiples inquiétudes qui agitent le monde contemporain : la crise de la dette pour la France et l'Union européenne, le terrorisme, la pauvreté, les pandémies, des menaces sur les droits de l'Homme...

700px-National Debt of Japan.svgL'évolution de la dette japonaise en billions de yens (source: Wikimedia Commons)

 

La Chine veut-elle dominer le monde ?

Avant de clore sa conférence, Katsuyuki Yakushiji s'est lancé dans un véritable plaidoyer contre l'ascension de la Chine. J'ai trouvé cela dommage car outre le fait que mes vues ne rejoignaient pas vraiment les siennes, ce sujet semblait un peu déplacé par rapport au thème général de l'exposé. Mr Yakushiji a affirmé être un des journalistes japonais les moins durs sur la Chine (il a même dit qu'on le qualifiait souvent de « pro-chinois »). Ses positions sur la question étaient pourtant sévères ! « Certains parlent de processus de démocratisation au Moyen-Orient et en Chine. Laissez moi vous expliquer pourquoi je pense que ce n'est pas le cas en Chine » a-t-il commencé. Outre la citation des problèmes récurrents posés par les disputes territoriales en mer de Chine méridionale avec le Vietnam et les Philippines, il a pris deux exemples d'événements qui à son goût illustrent la mauvaise volonté de l'Empire du Milieu à coopérer avec ses voisins et avec l'Occident :

  • Pendant la Conférence de Copenhague de 2009 sur le climat, la Chine s'est montrée particulièrement opposée aux États-Unis et aux autres pays industrialisés. Cette attitude aurait lassé Barrack Obama et l'aurait poussé à changer sa politique chinoise après cette rencontre. On trouve dans les médias des avis qui abondent en ce sens, mais aussi d'autres qui partagent davantage les responsabilités.

  • L'incident de septembre 2010 autour des îles Senkaku (appellation japonaise)/Diaoyu (appellation chinoise). Pour rappel, un bateau de pêche chinois s'était aventuré dans des eaux revendiquées à la fois par les deux pays voisins. Le Japon avait réagi en détenant l'équipage, ce qui avait provoqué de vifs élans de nationalisme. Quatre ingénieurs japonais avaient été arrêtés en Chine, tandis que de nombreux voyageurs annulaient leur séjour au Japon. La situation diplomatique était particulièrement tendue dans les mois suivant l'incident alors que des navires militaires patrouillaient près des eaux japonaises et que la Chine avait cessé l'exportation de métaux rares vers le Pays du Soleil Levant.

    Senkaku-Diaoyu-Tiaoyu-Islan

    Localisation géographique des îles Senkaku/Diaoyu (source: Wikimedia Commons)

Je comprends cette mise en exergue d’événements qui ont certes exacerbé les tensions entre la Chine et le Japon (les conséquences de la vieille querelle autour de l'archipel des Diaoyu/Senkaku se font toujours sentir), mais j'avoue ma déception face au choix du conférencier d'ignorer l'aide offerte par la Chine après le séisme du 11 mars. De même, ne pas mentionner les efforts de solidarité générés après la tragédie me paraît regrettable sur le plan diplomatique. Les quelques élans officiels de sympathie entre la Chine et le Japon me paraissent dignes d'être remarqués ! D'autre part, le fait que la Chine regagne un rôle prépondérant sur la scène internationale (je dis « regagne », car malgré ce que l'on entend souvent sur « l'avènement de la Chine », il y a eu des périodes de l'histoire où il ne faisait nul doute que l'empire chinois était une grande puissance) est inévitable, ne serait-ce que lorsque l'on prend en compte la taille de son territoire et celle de sa population. Même si certains pensent que cela est injuste, il va falloir que le Japon cohabite avec ce voisin qui dérange. C'est le point de vue très naïf d'une Européenne pleine d'idéaux, mais je préférerais voir le Japon et la Chine aller vers une voie de la coopération plutôt que d'attiser les nationalismes.

slideshow 1002103607 Japan Earthquake.JPEG-0e251 Une équipe de secouristes chinois dans la ville japonaise sinistrée d'Ofunato (crédits: Itsuo Inouye/AP)

Mr Yakushiji a ensuite dressé un portrait de la Chine comme redoutable opposant à un l'ordre international favorable aux États-Unis. Il a dénoncé l'attitude chinoise qui consiste à endosser le rôle de représentant des pays en voie de développement, en argumentant que la Chine est aujourd'hui le second PIB mondial. Autant je peux entendre que plusieurs pays en voie de développement aient du mal à comprendre comment la Chine pourrait les représenter, autant il faut être méfiant quand on aborde la question du développement en Chine. Il y a eu d'énormes progrès effectués en matière de niveau de vie, mais des inégalités très fortes persistent encore. Il est intéressant de lire à cet égard le petit livre de Jean-Luc Domenach intitulé « La Chine m'inquiète ».

chine-inquiete Un bon ouvrage pour comprendre les défis auxquels la Chine doit faire face.

Katsuyuki Yakushiji souligne que le parti communiste a besoin de la croissance économique pour légitimer sa présence au pouvoir, et je trouve cette remarque très juste. La suite de son analyse n'acquiert pas autant mon approbation, mais je vais quand même vous en faire le résumé. Selon lui, la diplomatie chinoise était encore modeste dans les années 1980. Depuis les années 2000, on constate la recherche d'un intérêt chinois : la Chine a de plus en plus confiance en soi grâce à la croissance. Elle défie à présent l'ordre international construit après la Seconde Guerre mondiale. L'ancien équilibre entre la Chine et les États-Unis connaît des changements, et plus la Chine va devenir puissante, plus elle va tenter de changer l'ordre établi. Mr Yakushiji va même jusqu'à dire « Autrefois, on aurait réglé ça par la guerre », mais admet que ce n'est de nos jours plus possible. Il prévient toutefois les Européens qui accueillent joyeusement les investissements chinois que leur vision des choses est trop optimiste.

chinese economic dragon 1008115 Le dragon économique de la Chine, par Rodrigo

 

Quelques remarques personnelles pour conclure

La vision d'une Chine voulant dominer le monde est un peu simpliste à mes yeux. Il est tout à fait vrai qu'en tant qu'Européenne, je n'ai jamais connu l'inquiétude de voir un voisin gagner en puissance en ignorant ses futurs desseins, et ce n'est absolument pas quelque chose que l'on peut minimiser. Cependant, s'il est vrai que la Chine a toujours eu de grandes motivations à rester maître dans sa zone d'influence (pour des raisons politiques, comme au Xinjiang, au Tibet ou à Taïwan, ou économiques comme en mer de Chine méridionale), elle ne me paraît pas à l'heure qu'il est vouloir se poser en leader mondial. Elle semble même accorder une place à l'Europe pour contre-balancer le poids des États-Unis. Il est possible d'interpréter en ce sens son soutien renouvelé aux pays touchés par la crise de l'euro, même si cela ne va pas sans contreparties.

Hu Jintao Yasuo Fukuda L'ancien Premier Ministre japonais Yasuo Fukuda et le Président chinois Hu Jintao lors d'une réunion en 2008 (crédits: Frederic J. Brown-Pool/Getty Images AsiaPac)

Je sais qu'il est délicat pour le Japon, comme pour la Chine de ne pas surenchérir face aux provocations du voisin. Ces derniers temps, les relations apparaissent s'être gâtées alors que l'on avait cru assister à une réconciliation sous le mandat de l'ex-Premier Ministre japonais Yasuo Fukuda. Il est important pourtant de garder en tête que tous les Japonais ne partagent pas le pessimisme de Mr Yakushiji. Lorsque j'étudiais à l'Université de Kyôto il y a deux ans, les étudiants étaient pris d'un grand engouement pour le chinois et voyaient en la Chine de nombreuses opportunités. Il ne s'agit que des élites, me direz-vous, mais je pourrais tout aussi bien vous citer des exemples de lycéens de la campagne de Fukushima complètement enthousiastes à l'idée de réaliser des échanges avec la Chine. Sur place, j'ai aussi rencontré de nombreux jeunes Chinois venus faire leurs études au Japon, maîtrisant parfaitement les subtilités de la langue nippone (qui n'est pas la même que la langue chinoise, je tiens à le dire!) et passionnés par la société et la culture locales. Au demeurant, tous les Chinois que je fréquente me parlent toujours avec respect et curiosité du Japon. Pas plus tard que samedi, je suis allée dîner avec les membres et les sympathisants de l'association franco-asiatique de Sciences-Po, Asie Extrême, dont je fais partie. C'était un vrai plaisir que de voir les étudiants japonais et chinois échanger leurs contacts et discuter gaiement (certains même de politique) autour de plats ouïgours. Je me dis après tout que la possibilité d'un dialogue entre le Japon et la Chine n'est pas désespérée !

Par Zazen Rouge - Publié dans : Japon contemporain - Communauté : Voyages et culture Japonaise
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Lundi 3 octobre 1 03 /10 /Oct 21:06

 

De nouveaux problèmes à résoudre

Après le séisme, le tsunami et l'accident nucléaire, le Japon craint maintenant une quatrième calamité: la surévaluation du yen (円高 - endaka). L'instabilité de l'euro et du dollar n'arrange pas du tout les dirigeants japonais, car un yen fort pénalise les exportations. Mr Yakushiji a donc imploré la France de s'entendre avec l'Allemagne pour préserver un euro fort! Le Japon a par ailleurs récemment annoncé qu'il pourrait apporter une aide à la Grèce, ce qui n'est certainement pas anodin. Notre conférencier a ajouté que la catastrophe avait mis en exergue trois points qui ont échappé au contrôle des hommes: les énergies naturelles, l'énergie nucléaire et l'économie de marché. L'Homme doit s'évertuer à maîtriser ces deux derniers points au moyen d'une coopération mondiale.

Yen euro Évolution de la parité euro/yen sur les cinq dernières années (source: forex.actufinance.fr)

Si la situation nucléaire est désormais stable à Fukushima, elle est loin d'être résolue car après les explosions survenues dans les réacteurs, des substances radioactives ont été projetées et diffusées au delà d'un périmètre de 20 kilomètres. Ces substances ne représentent pas un danger de mort immédiat mais sont sur le long terme une menace, notamment pour la santé des enfants. Certaines familles ont déjà pris des mesures radicales en évitant d'aller à la piscine ou de jouer dehors pendant les vacances. L'accumulation de ces matières radioactives sur les sols japonais est une question épineuse. On a déjà commencé à enlever la surface de certaines cours d'écoles et à décontaminer les rues, mais la quantité de terre à enlever reste énorme. D'autre part, lorsque la terre ramassée est empilée ailleurs, on observe une concentration du taux de radioactivité. Comment enlever ces sols pollués et qu'en faire? C'est une préoccupation de grande importance si l'on veut éviter le développement de cancers dans un futur pas si éloigné.

800px-US Navy 110323-N-IC111-436 Sailors scrub the flight dUne équipe de décontamination nettoye le porte-avions américain USS Ronald Reagan en mission sur les côtes japonaises (source: Wikimedia Commons)

Le gouvernement français s'intéresse de près à la politique nucléaire du Japon. L'ex Premier ministre Naoto Kan avait annoncé une sortie du nucléaire, le nouveau Premier ministre Yoshihiko Noda ne compte pas pour l'instant déroger à cette politique. Bien sûr, cela n'équivaut pas à un arrêt immédiat de toutes les centrales. Le cabinet ministériel a plutôt dans l'idée de stopper la construction de nouvelles centrales et de démanteler celles qui sont en fin de vie. L'emphase devrait être mise sur la promotion d'énergies alternatives et durables (centrales thermiques, hydrauliques, énergies solaire et éolienne...). Face à une opinion publique fortement tournée contre le nucléaire, ni le Parti Démocrate du Japon (DPJ, actuellement au pouvoir), ni le Parti Libéral-Démocrate (PLD, principal parti d'opposition) ne pourront revenir sur cet engagement. La durée de vie d'une centrale nucléaire étant environ de 40 ans, on peut se demander si toutes les centrales auront disparu du Japon aux alentours de 2050. Même s'il ne tolère plus l'activité nucléaire sur son sol, le Japon risque de continuer à exporter sa technologie de pointe. Ce qui pose un problème évident: comment justifier le commerce de la technologie du nucléaire alors que l'on n'en veut plus chez soi?

Incertitude-politique 9135Le siège du Parti Libéral-Démocrate, principal parti d'opposition 

 

Pourquoi les Premiers ministres japonais changent-ils sans cesse?

C'est une interrogation tout à fait naturelle quand on sait que depuis le début de l'ère Heisei (1989), pas moins de 16 personnes différentes se sont succédées au poste de Premier ministre du Japon. Rien que ces six dernières années, sept hommes politiques ont occupé cette fonction! Seul Junichirô Koizumi a réussi à établir un record de six ans, mais aucun candidat de son envergure n'apparaît pour l'instant dans le paysage politique japonais. Le Premier ministre actuel, Yoshihiko Noda, « c'est un peu le contraire de Villepin et Delon » nous dit Mr Yakushiji. Il ne passe pas pour être un homme très charismatique. D'ailleurs, il affirme lui-même qu'il n'est pas un poisson rouge, mais plutôt une loche (ドジョウ – dojô)! Ce qu'il entend par là, c'est que son style de politique correspond plus à une recherche du consensus qu'à un leadership marqué, et qu'il n'hésitera pas à mettre les mains dans la boue s'il le faut. Un exemple: Mr Noda est ouvertement pour l'augmentation des impôts. Chose plutôt rare chez les politiciens, qui comme on le sait préfèrent brosser les électeurs dans le sens du poil. Malgré ses visions sur le long terme, le Premier ministre saura-t-il obtenir l'assentiment de la Diète et au sein de son parti?

noda Yoshihiko Noda (source: site officiel du Premier ministre du Japon)

La faiblesse du rôle de Premier ministre est au Japon bien notoire. Katsuyuki Yakushiji nous en a fait une analyse assez pertinente qui corrobore ce que j'ai pu entendre chez des spécialistes japonais des sciences politiques. Il identifie trois principales causes à l'instabilité structurelle de ce poste:

  1. La situation de Diète divisée (ねじれ国会 – nejire kokkai). Dommage que cette expression soit peu documentée en français, car elle revient souvent dans les bouches des politiques. Au Japon, les deux chambres du parlement (la Diète) ont des pouvoirs qui s'équilibrent. La Chambre des représentants (衆議院 – shûgiin, la chambre basse) n'a qu'un faible ascendant sur la Chambre des conseillers (参議院 – sangiin, la chambre haute). Cela signifie que si les deux chambres entrent en conflit, on aboutit à une situation de blocage. Et c'est le cas aujourd'hui: la Chambre des conseillers appartient à l'opposition. Quand bien même les politiques seraient bonnes, il faut à tout prix obtenir le consensus. D'abord auprès de la majorité gouvernementale, puis du côté de l'opposition.

    Incertitude-politique 9144

    A l'intérieur de la Diète, le parlement japonais

  2. L'occurrence fréquente d'élections au Japon. Mr Yakushiji va même jusqu'à dire qu'il y en a trop! Les trois élections principales sont celles de la Chambre des représentants (dont dépend la désignation du Premier ministre, et qui ont lieu tous les quatre ans), de la Chambre des conseillers (tous les trois ans), et les élections locales (tous les quatre ans). A travers chaque élection, c'est le Premier ministre qui est évalué. Si son parti perd les élections, on considère que le chef du gouvernement doit démissionner.

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    La célèbre façade de la Diète

  3. De trop nombreux sondages de popularité orchestrés par les médias. Contrairement à ce que l'on entend parfois, les journaux japonais peuvent se montrer très critiques! Et les sondages sur la popularité des Premiers ministres auprès des citoyens ne font pas toujours du bien aux chefs de cabinets. Dès qu'ils passent en dessous d'un certain seuil, les convenances implicites veulent qu'ils présentent leur démission (les parlementaires seront là pour le leur suggérer, au cas où). Saurez-vous deviner combien de sondages de ce type ont été organisés l'année dernière? Je vous donne la réponse: pas moins de 223. C'est à dire un tous les un jour et demi. Je n'ai pas les chiffres français pour comparer, mais à vue d'œil, les médias japonais me semblent faire plus de zèle dans ce domaine.


 

 

Par Zazen Rouge - Publié dans : Japon contemporain - Communauté : Voyages et culture Japonaise
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Mercredi 28 septembre 3 28 /09 /Sep 12:14

C'était le 23 septembre dernier, Katsuyuki Yakushiji nous parlait de l'avenir de son pays à la Maison de la Culture du Japon. Revenons sur cette conférence intitulée « Japon: sortir de l'incertitude politique après le 11 mars », que je vais vous résumer ici. Je ne ferai que rapporter les propos du conférencier, qui peuvent être sujets à polémiques, et me contenterai de faire quelques annotations quand mon avis sur la question diverge. Mon objectif n'est pas ici de débattre de ce qui a été dit, mais plutôt de vous rapporter les opinions de Mr Yakushiji, qui illustrent bien je pense une vision commune à de nombreux hommes politiques conservateurs et centristes au Japon. Je tiens à préciser qu'il est tout à fait possible que Mr Yakushiji ne se reconnaisse pas du tout dans la description que je viens de faire!

Incertitude-politique 8975Cette interprête est décidément bien talentueuse!

Mais qui est donc notre speaker? Katsuyuki Yakushiji (diplômé de l'Université de Tokyo) s'est fait connaître par son activité au sein du journal « Asahi Shimbun », un des grands quotidiens japonais et que l'on dit être plus proche des idées de la gauche que ses concurrents. Il y est entré en 1979 et y a fait une belle carrière, puisqu'il n'a quitté la rédaction qu'au printemps 2011. Pendant longtemps éditorialiste pour les affaires politiques, il a également été le directeur de la revue « Ronza ». Fait notable dans une culture nippone où le consensus est si important, il n'hésitait pas à choisir des intervenants aux vues diamétralement opposées afin de nourrir le débat. Mr Yakushiji est désormais professeur en relations sociales et internationales à l'université Tôyô de Tokyo. Sa dernière visite en France remontait à mars 2003. S'exprimant sur sa rencontre avec Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, il s'exclame: « C'est un homme qui a beaucoup de classe! A chaque fois que je viens en France, je rencontre des hommes charismatiques. Voyez, pas plus tard qu'hier, j'ai aperçu Alain Delon! Je me demande quel président je rencontrerai lors de mon prochain séjour... »

Incertitude-politique 8979Mr Katsuyuki Yakushiji, spécialiste de longue date des affaires politiques japonaises

 

Où en est le Japon à l'heure actuelle?

Mr Katsuyuki a commencé par dresser un état des lieux de l'avancée des reconstructions. Il est évident que son discours, très (un peu trop?) optimiste, visait à rassurer les Français. Le Japon doit en effet convaincre les touristes et visiteurs potentiels que la situation est stable, ce qui n'est pas une mince affaire. L'ancien éditorialiste du journal Asahi s'est rendu récemment dans les préfectures d'Iwate et de Miyagi, qui ont été les plus touchées par le tsunami. Ce dernier aurait produit l'équivalent de 100 ans de dégâts naturels! Toutes les routes ont désormais été rétablies. C'est aussi le cas de la pêche, et en cette saison d'automne de nombreux fruits sont envoyés à Tokyo pour y être consommés. Le gouvernement japonais a déjà débloqué 6000 milliards de yens pour financer les travaux de reconstruction. Il doit encore finaliser un autre budget de 10 000 milliards de yens en octobre.

DegatsDégâts dûs au tsunami dans la zone de Wakuya, préfecture de Miyagi (source: Wikimedia Commons

La situation est clairement moins positive en ce qui concerne les conséquences de l'accident nucléaire à la centrale de Fukushima. Les barres de combustible situées à l'intérieur des réacteurs sont toujours maintenues à une température de 100°. La stratégie du gouvernement est de bétonner les réacteurs afin de pouvoir les démanteler. Mais on ignore encore la durée d'un tel processus: cinq ans? Dix ans? Par ailleurs, les 90 000 habitants qui habitaient à moins de 20 kilomètres de la centrale conservent leur statut d'évacués et ne savent toujours pas quand ils pourront rentrer chez eux. Les autres régions seraient retournées à une vie normale. Les touristes chinois reviennent petit à petit à Tokyo. Avant la catastrophe, les rues du quartier de Ginza étaient animées par les conversations en chinois et en coréen. Six mois plus tard, elles commencent enfin à reprendre leur activité.

FukushimaLa centrale de Fukushima Daichi après le séisme et le tsunami (source: Wikimedia Commons)

 

Les efforts de la nation japonaise

Le bilan des victimes et des personnes portées disparues serait actuellement de 23 000. Mr Yakushiji insiste sur le fait que 92% des décès sont dus à des noyades. C'est bien le tsunami qui a été le plus violent. Peu de morts ont en réalité été causées par les effondrements. La technologie parasismique est en effet très développée au Japon, y compris dans les maisons des particuliers. Parmi les collectivités les plus touchées par le tremblement de terre, certaines ont conservées intactes toutes leurs habitations.

Le Japon dispose d'ailleurs d'un système d'alarme en cas de séisme, le « Kinkyû jishin sokuhô » (「緊急地震速報」). Dans l'hypothèse d'un tremblement de terre, des senseurs relaient des informations à un centre d'alerte qui déclenche une alarme sur les téléphones portables des utilisateurs. Le signal permet aux Japonais de gagner dix à trente secondes avant l'arrivée des secousses. Cela peut paraître peu, mais cet intervalle suffit pour effectuer des gestes qui sauvent: couper le gaz, se protéger sous une table... Katsuyuki Yakushiji se rappelle que lors d'un de ses cours à l'université, les portables des étudiants se sont tous mis à sonner à l'unisson. Le système a aussi fonctionné le 11 mars. Ce jour là, 27 trains à grande vitesse Shinkansen roulaient à 270 km/h dans le Tôhoku. Grâce à l'alarme, ils ont ralenti automatiquement. Aucun n'a déraillé. On réfléchit actuellement à exporter cette technologie en Chine.

YamabikoUn shinkansen de type "Yamabiko" immobilisé à Sendai à cause du séisme (source: Wikimedia Commons)

Les efforts des Japonais pour aider les régions sinistrées ont été remarquables. L'université de Tôyô prévoyait de déployer 30 étudiants bénévoles pendant une semaine dans le nord du Japon. Au bout de deux jours, 300 personnes se portaient déjà volontaires! Et cet exemple n'est pas isolé. Énormément d'étudiants, d'écoles, d'entreprises et de jeunes salarymen se sont mobilisés pour aider leurs prochains. Jusqu'à présent, ce sont 7 millions de bénévoles qui se sont engagés pour remettre le pays sur les rails. Les dons collectés (募金 – bokin) s'élèvent à 300 milliards de yens. Mr Yakushiji s'est étonné que dans d'autres pays où la jeunesse rencontre des difficultés (comme au Moyen-Orient ou à Londres), les tensions se soldent souvent par des émeutes, alors qu'au Japon les jeunes se portent volontaires au lieu de manifester. Je ne suis cela-dit pas certaine que les situations soient tout à fait comparables.

VolontaireUn membre de l'US Navy remet un carton de nourriture à un bénévole dans une école de Sendai (source: Wikimedia Commons)

Mr Yakushiji a soulevé un point intéressant en mentionnant le déploiement des Forces japonaises d'autodéfense ou FAD (自衛隊 - jieitai) dans la région du Tôhoku. 100 000 hommes ont ainsi été envoyés sur les lieux en une semaine. Les États-Unis ont de leur côté mis à disposition un porte-avions, des vaisseaux et 25 000 soldats dans le même laps de temps. Ceci signifie qu'en une semaine, le Japon et les États-Unis ont pu mobiliser plus de 125 000 hommes. Reste à savoir si comme l'affirme Mr Yakushiji les deux États seraient capables d'une telle performance en temps de guerre. Il y a évidemment un pays que cela inquiète: la Chine. Cette remarque du conférencier visait à redonner du crédit aux FAD, qui restent un sujet très controversé au sein de l'opinion publique. La question de la légitimité des FAD est toujours délicate et demande l'examen de l'article 9 de la Constitution japonaise. Celui-ci établit que:

« 1. Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l'ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ainsi qu'à la menace ou à l'usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.

2. Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l'État ne sera pas reconnu. »

1. 日本国民は、正義と秩序を基調とする国際平和を誠実に希求し、国権の発動たる戦争と、武力による威嚇又は武力の行使は、国際紛争を解決する手段としては、永久にこれを放棄する。

2. 前項の目的を達するため、陸海空軍その他の戦力は、これを保持しない。国の交戦権は、これを認めない。」

Je ne vais pas revenir en détail sur les implications de cet article, dont plus d'un politicien nationaliste a souhaité la révision sans succès. Notons simplement qu'il a pour conséquence que le Japon ne peut avoir d'armée et qu'il dépend donc sensiblement de la protection des États-Unis. Je vous encourage à faire vos propres recherches là-dessus (vous pouvez commencer ici et ici) car il s'agit d'un sujet qui a beaucoup de répercussions sur la vie politique japonaise.

JieitaiL'ex Premier ministre Naoto Kan visite un lycée de Miyagi touché par le séisme de mars 2011 en compagnie du lieutenant général Yûji Kuno des FAD (source: Wikimedia Commons)

 

J'interromps ici cet article par pitié pour vos pauvres yeux! Je le poursuivrai néanmoins sans doute sur les deux prochains billets, vu que beaucoup de choses ont été dites au cours de cette conférence, certaines étant des analyses pertinentes des problèmes qui affectent les premiers ministres japonais, d'autres des remarques qu'il convient de remettre dans leur contexte. N'hésitez pas à en débattre dans les commentaires! Je suis d'ordinaire une personne qui recherche le consensus, mais je suis curieuse de connaître les avis de chacun sur ces questions qui concernent l'avenir du Japon. Les analyses les plus croustillantes arrivent dans la suite du compte-rendu de cette conférence...

Par Zazen Rouge - Publié dans : Japon contemporain - Communauté : Tout sur le Japon
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