Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 07:07

Meilleurs vœux à tous pour cette nouvelle année placée sous le signe des dragons ! J'espère que les fêtes ont été aussi amusantes chez vous que chez moi, où j'ai été gâtée de cadeaux très japonais (je ferai à l'occasion un billet sur les beaux livres que j'ai eu la chance de recevoir). Ci-dessous, la suite de la rencontre entre les participants du séjour Shikoku Muchûjin 2011 (Nicolas, Thierry et votre fidèle servante) autour de la cérémonie du thé et du maître chaudronnier Ônishi Seiwemon.

Kamashi 0093Le collègue de Maître Ônishi, en pleine discussion avec une invitée

 

Séance de thé léger : l'or de Hideyoshi

Je vous parlais dans la première partie de cet article de la séance de thé épais animée par le maître chaudronnier Ônishi Seiwemon XVI. Tout y était d'un dépouillement élégant, comme l'aimait le maître de thé Rikyû. Souvenons nous que l'homme de thé était le confident du leader du Japon, le chef militaire Toyotomi Hideyoshi. Ce dernier, pour être un grand amateur de thé, ne partageait pas toujours le goût de Rikyû pour la sobriété et le dénuement. Ses désaccords avec le maître de thé le mèneront d'ailleurs à réclamer le suicide rituel de son ami, même si l'on ignore encore les motifs précis qui ont poussé Hideyoshi à un tel geste. On sait aussi que le seigneur de guerre avait fait construire une salle de thé aux murs intégralement recouverts de feuilles d'or. Du plafond aux ustensiles, tout y était fait d'un même métal rutilant. Un luxe ostentatoire qui tranchait nettement avec l'esthétique développée par Rikyû au cours de sa vie. Si nous évoquons ainsi l'histoire de Rikyû et de Hideyoshi, c'est pour mieux mettre en valeur le contraste entre les deux séances de thé auxquelles nous avons pris part avec Maître Ônishi. Je m'explique : le second service, de thé léger cette fois, répondait à la thématique de l'or.

Kamashi 0104Récipient laqué, repose-couvercle en or, plateau et cuillère à thé dorés, boîte à thé laquée...

Kamashi 0098

Les Grecs avaient les pommes d'or du jardin des Hespérides, les Ônishi ont ce porte-encens clémentine

Moins formelle que pour le thé épais, notre deuxième séance s'est déroulée dans une salle plus vaste, en compagnie d'invités supplémentaires. Les yeux ébahis découvraient les merveilles dignes d'une caverne d'Ali Baba nippone. Voyez un peu les précieux accessoires que nos hôtes de Kyôto avaient pris soin de sortir de leur collection. Dans l'alcôve sacrée, une statuette de pierre, incarnation de l'un des Sept Dieux du Bonheur. Il s'agit de Fukurokuju, symbole de longévité et de sagesse, accompagné d'une chèvre. Le rouleau calligraphié est des plus réjouissants : une face souriante et enfantine déborde pratiquement du papier, encadrée par des inscriptions en katakana qui rappellent des onomatopées ! Le grand vase accueillant la composition florale est en métal sombre, ses allures sont résolument modernes. Le porte-encens revêt la forme d'un fruit d'hiver, une clémentine (みかん – mikan) à l'écorce d'or...

Kamashi 0081Que Fukurokuju vous apporte longévité et sagesse!

Kamashi 0083

Ce rouleau calligraphié ne vous fait-il pas sourire?

Comme le veut l'usage après un thé épais, on nous présente des sucreries sèches (干菓子 – higashi) pour mettre en valeur l'arôme du thé léger qui va suivre. Le bol de l'invité d'honneur est une pure merveille : ses parois extérieures sont faites d'une belle terre craquelée qui raconte bien des histoires. L'intérieur est tapissé d'or moiré. Nous ne pouvons nous empêcher de songer rêveusement à l'effet que ce bol doit produire dans une salle plus étroite et plus sombre. Je ne résiste pas au plaisir de citer ici « L'éloge de l'ombre » de Junichirô Tanizaki :

« And surely you have seen, in the darkness of the innermost rooms of these huge buildings, to which sunlight never penetrates, how the gold leaf of a sliding door or screen will pick up a distant glimmer from the garden, then suddenly send forth an ethereal glow, a faint golden light cast into the enveloping darkness, like the glow upon the horizon at sunset. In no other setting is gold quit so exquisitely beautiful. You walk past, turning to look again, and yet again; and as you move away the golden surface of the paper glows ever more deeply, changing not in a flash, but growing slowly, steadily brighter, like color rising in the face of a giant. Or again you may find that the gold dust of the background, which until that moment had only a dull, sleepy luster, will, as you move past, suddenly gleam forth as if it had burst into flame. »

Je n'ai malheureusement sous la main qu'une traduction en anglais de l'ouvrage, mais sachez que ce traité d'esthétique indispensable dans une bibliothèque d'amateur d'esthétique japonaise existe en français, grâce au travail du regretté japonologue René Sieffert (ses traductions ne cessent de m'impressionner).

Kamashi 0099Monsieur, sachez que je ne bois mon Lipton que dans des bols en or!

Le second bol, une poterie de type Raku d'un noir brillant, trouve parfaitement sa place aux côtés du premier bol. Les accessoires délirants défilent : boîte à thé en bambou laqué de rouge et dont la forme évoque celle d'une goutte d'eau, cuillère à thé scintillante, support de couvercle de bouilloire (蓋置き – futaoki) en or ciselé d'une délicatesse extrême (« Si je referme ma main dessus, je le froisse en un instant » sourit Maître Ônishi)... Le récipient pour les eaux usées (建水 – kensui) est un magemono (曲物), c'est à dire une pièce de bois fine et plate (généralement du cyprès) que l'on tord et fixe avec des agrafes de bois de manière à former un cylindre. Celui-ci est élégamment laqué de noir. AJOUT: Thierry me signale à juste titre que ce récipient est sans doute en réalité réalisé avec une feuille de métal. Vu que le poids du kensui en question était assez important, et que la plupart des objets de cette séance étaient les oeuvres des dernières générations de Ônishi, c'est plus que probable et renforce le caractère singulier de l'objet! Nous avons eu une chance inouïe de rencontrer, grâce à l'entremise de Chûjô-sensei, Ônishi Seiwemon et son équipe. Le maître espère pouvoir promouvoir l'artisanat pratiqué par sa famille auprès des Français.

Kamashi 0096Quant à mes eaux usées, je ne les vide que dans un récipient laqué!

Kamashi 0095

Fragile support de couvercle de bouilloire, à motifs de pins

 

釜 – Kama : La bouilloire pour le thé

Si j'ai jusqu'ici omis de parler des bouilloires alors qu'elles étaient le clou du spectacle, c'est qu'elles méritent qu'on leur accorde une place particulière. Comme l'expose très bien le descriptif en anglais du musée Ônishi Seiwemon, la bouilloire en fonte est l'un des seuls objets qui reste immobile, trônant au milieu de la pièce du début à la fin de la cérémonie. On ne porte pas de montre dans la salle de thé, mais les bruits émis pas la bouilloire font office d'indicateurs temporels. Lorsque l'eau frémit et atteint la température idéale pour le thé, les Japonais disent que le son produit rappelle celui du vent dans les pins (松風 – matsukaze). Une bonne bouilloire doit pouvoir mettre ce son en valeur. A la fin de la cérémonie, l'hôte verse une cuillère d'eau froide dans la bouilloire, ce qui a pour effet de faire taire le "vent dans les pins". Par ailleurs, chaque bouilloire donne à l'eau chaude un goût différent. Essayez donc de boire l'eau qui n'a pas été consommée à la fin d'une cérémonie. C'est un peu du gaspillage que de ne pas goûter à ces bons minéraux !

Kamashi 9804La préparation des charbons est essentielle pour que l'eau puisse atteindre une parfaite température au bon moment

Du design à la fonte, la fabrication d'une bouilloire prend souvent trois mois. Si vous souhaitez en savoir plus sur ce processus, vous pouvez jeter un œil à cet article sur le blog de SweetPersimmon. Les moules des bouilloires de qualité sont brisés après leur création, ce qui en fait des œuvres uniques. Il existe de multiples modèles pour la forme, des bouilloires d'été à celles d'hiver, de celles avec des grandes ouvertures à celles que l'on suspend au plafond à l'aide d'une chaîne, en passant par celles dont les bords reposent sur le cadre du foyer pratiqué dans les tatamis. Les bouilloires étant facilement endommagées par la graisse, il faut éviter de poser les doigts sur leur surface fragile (肌 – hada, littéralement la « peau » la bouilloire).

Kamashi 0102Tsurigama, une bouilloire en suspension

La bouilloire que nous avons pu admirer lors de la séance de thé épais était une pièce directement tirée de la collection du musée Ônishi Seiwemon. Elle est classifiée sous le nom de arare otogoze (霰乙御前) en référence à la grêle (arare) car sa surface présente une multitude de petites aspérités ressemblant à des grêlons. Impensable : Maître Ônishi nous a lui-même enjoints à poser nos pattes graisseuses sur cette très vieille bouilloire ! Car celle-ci est l’œuvre du premier maître de la famille Ônishi, Jôrin (1590 – 1663). Elle possède deux petites anses en forme de têtes de lions chinois pour y faire passer les arceaux qui servent à la transporter. L'ouverture au sommet est assez large comparée à la plupart des bouilloires à thé japonaises.

002 La jolie arare otogoze vieille de plusieurs siècles (crédits: Musée Ônishi Seiwemon)

La kama de la séance de thé léger était une tsurigama (釣釜), une bouilloire suspendue à l'extrémité d'une chaîne descendant du plafond et que l'on utilise d'ordinaire en mars. De facture moderne, elle avait pourtant un air rustique du fait que ses anses étaient un assemblage de charnières de portes vieilles de 400 ans. Ônishi-sensei nous a enseigné que la difficulté dans la réalisation de cette bouilloire avait été de faire en sorte que le métal neuf vienne enserrer les anciennes charnières et s'ajuste parfaitement autour d'elles.

Kamashi 0107On reconnait dans les parties latérales de la bouilloires de robustes charnières

 

Au final, encore une superbe rencontre grâce à Shikoku Muchûjin et à la Fondation Chûjô !

Par Zazen Rouge - Publié dans : Shikoku Muchujin 2011 - Communauté : Tout sur le Japon
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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 03:39

L'équipe de Shikoku Muchûjin et le personnel de la Fondation Chûjô ne se sont décidément pas moqués de nous au cours de notre voyage dans la préfecture de Kagawa en novembre dernier. Retour sur un des nombreux exemples de leur générosité avec cette invitation à une cérémonie du thé en compagnie du grand maître chaudronnier Ônishi Seiwemon XVI.

 

Les Ônishi, prestigieuse famille d'artisans

Si notre sortie aux sources d'eau chaude a été annulée pour cause de programme trop chargé, il serait fort malvenu de s'en plaindre, car Chûjô-sensei nous a à la place conviés à une rencontre animée par l'héritier de la très renommée famille Ônishi, fabricants de bouilloires en fonte pour le thé. Notre hôte porte le titre d'Ônishi Seiwemon XVI, puisque les grandes lignées d'artistes et d'artisans japonais (tels les acteurs de kabuki) se transmettent un unique nom d'héritier en héritier. Il était venu spécialement de Kyôto avec son matériel pour la réunion de thé annuelle de la Fondation Chûjô.

Kamashi 0110Taoka-sensei, Nicolas et Thierry devant l'entrée de la Fondation Chûjô

Un élément qui renforce encore l'aura de la famille Ônishi est qu'elle est liée au grand maître de thé Sen no Rikyû (1522 – 1591). Rikyû n'est pas le premier a avoir pratiqué la cérémonie du thé au Japon, mais si un nom doit être associé au développement du chanoyu, c'est bien le sien. Il est à l'origine d'un style dépouillé et d'évolutions novatrices chez les artisans. Mais c'était aussi un homme influent, confident du chef militaire et leader du pays Toyotomi Hideyoshi. Les descendants de Rikyû furent les fondateurs des trois grandes écoles dites « Senke » (千家 – littéralement, « de la famille des Sen », c'est à dire les écoles Omote-senke, Ura-senke et Mushanokôji-senke) aujourd'hui incontournables dans le paysage du thé japonais.

Sen no Rikyu JPN Sen no Rikyû par le peintre Hasegawa Tôhaku (1539 - 1610) (source: Wikimedia Commons)

On compte aujourd'hui dix familles d'artisans traditionnels qui gravitent depuis des générations autour des écoles Senke. Elles sont surnommées « les dix familles d'artisans de la maison des Sen » (千家十職 – Senke jisshoku) et comptent le potier et fabricant de bols Raku Kichizaemon, le maître laqueur Nakamura Sôtetsu, le menuisier Komazawa Risai, le fabricant de pochettes Tsuchida Yûko, le fabricant de paravents et de rouleaux à suspendre Okumura Kichibei, le laqueur Hiki Ikkan, le spécialiste du bambou Kuroda Shôgen, le forgeron Nakagawa Jôeki, le potier Eiraku Zengorô et notre maître chaudronnier (釜師 - kamashi) Ônishi Seiwemon. Ce dernier administre également le musée Ônishi Seiwemon qui a vu le jour à Kyôto en 1998. Comme il contient un atelier, vous pouvez y voir les artisans à l’œuvre si vous le visitez au bon moment.

Kamashi 2821Les bloggueurs du Shikoku Chanoyu Tour en compagnie d'Ônishi Seiwemon XVI (crédits: Chûjô-sensei)

 

Séance de thé épais : la sobriété de Rikyû

Nous avons pris part à une première séance de thé épais (濃茶席 – koicha-seki). Nous faisons connaissance avec les autres invités dans la salle d'attente (待合 – machiai) et décidons de l'ordre dans lequel nous prendrons place. Après maints échanges de politesse, nous convenons d'un commun accord que l'invité d'honneur (正客 – shôkyaku), celui qui s'assoira le plus près de l'hôte et sera servi en premier, sera une habituée de la fondation, une dame âgée vénérable dans son kimono sombre. Nous apprécions nos pâtisseries, des kinton (金団 – gâteaux faits d'une concrétion de filaments de pâte de haricots sucrée, similaires aux chrysanthèmes que nous avons confectionnées chez Sanyûdô) aux couleurs des feuilles d'érable rouges. Puis direction l'étroite cabane à thé au fond du jardin !

Kamashi 4267Kinton de la pâtisserie kyôtoïte Suetomi: de l'automne plein les papilles! (crédits: Chûjô-sensei)

Cette séance de thé se déroule dans une ambiance solennelle et intime. Nous nous refrénons d'ailleurs pour une fois de mitrailler les protagonistes de photos. Silence attentif tandis que les invités se font passer le bol de thé épais dans lequel ils boivent tour à tour. Certaines écoles demandent à l'hôte de créer une certaine tension (緊張感 - kinchôkan) entre lui et ses invités pour accentuer le degré de formalité. N'oublions pas au passage que la salle de thé était à l'origine un lieu de rencontre pour les seigneurs de guerre où l'on pouvait mutuellement jauger l'autre et tenter de discerner ses desseins. Maître Ônishi, malgré sa jeunesse, inspire le plus grand respect alors qu'il assure avec des gestes posés la procédure de préparation du thé. Il appartient à l'école Omote-senke, ce qui m'intéresse hautement vu que je n'ai jamais vu d'autre procédure pour le thé épais que celle d'Ura-senke. Une différence notoire : le style Omote veut que le thé soit entièrement introduit dans le bol avec la cuillère en bambou, alors qu'Ura réclame que l'on vide la boîte à thé au dessus du bol après y avoir déposé quelques cuillères.

Kamashi 4126Maître Ônishi préparant le thé épais (crédits: Chûjô-sensei)

Du côté des objets, c'est une exposition digne d'un musée d'art. Voici une liste des incroyables œuvres que nous avons pu admirer – et toucher ! - au cours de cette réunion autour d'un thé épais :

  • Kakemono (掛け物 – calligraphie suspendue dans l'alcôve sacrée) : « Kumo idete dôchû akiraka nari » (「雲出洞中明」) par le prêtre Tenyû du temple Daitoku-ji. Il signifie « Quand les nuages se retirent, la caverne est illuminée ». Cette phrase, qui n'est pas sans rappeler la fameuse caverne de Platon, fait allusion à l'illumination qui survient lorsque les troubles d'ordre spirituel sont vaincus.

  • Hanaire (花入れ – vase) : vase en bronze à ouverture dite « d'agrume Kansu » (唐銅柑子口 – karakane kansu-guchi) fabriqué par Jôgen (1689 – 1762), le sixième héritier de la famille Ônishi.

  • Kôgô (香合 – porte-encens) : porcelaine de style carrée, dont la forme rappelle les pinceaux d'Arima dans lesquels étaient cachée une petite figurine (呉須有馬筆 – Gosu Arima-fude).

  • Kama (釜 – bouilloire) : bouilloire « grêlée » (car sa surface est couverte de bosses rappelant la forme des grêlons) à petite ouverture (霰乙御前 – arare otogoze). Je reviendrai sur ce magnifique objet plus tard.

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    Inspection de la bouilloire à thé (crédits: Chûjô-sensei)

  • Mizusashi (水指 – récipient à eau pure) : poterie de type Shigaraki créée par le maître de thé Kyûkyûsai (1840 – 1917). Il s'agit d'un accessoire précieux qui porte un nom, celui de « Matsu no To » (松乃戸).

  • Cha-ire (茶入 – boîte à thé épais) : céramique de type Seto portant le nom de « Kanazuchi » (金槌 - « Le Marteau »).

  • Shifuku (仕覆 – poche en tissu contenant la boîte à thé épais) : brocart d'origine chinoise (唐物錦 – karamono nishiki) à motif dit « ichigo-gire » (いちご裂). Encore un bel accessoire ancien que nous prenons plaisir à souiller de nos doigts... « On associe le tissu de la pochette à l'ancienneté de la boîte à thé épais, ce qui rend les choses difficiles si la boîte en question est très vieille, nous confie Monsieur Ônishi. Il existe encore quelques villages perdus en Indonésie et dans le reste de l'Asie du Sud-Est où des artisans conservent de vieux tissus et des méthodes traditionnelles ».

  • Chashaku (茶杓 – cuillère à thé) : un petit bijou du nom de « Yokikana » (善哉 – que l'on peut aussi lire « Zenzai »), une expression employée pour complimenter l'interlocuteur et lui souhaiter le plus grand bien. Elle est l'oeuvre du petit-fils de Rikyû, Genpaku Sôtan (1578 – 1658), un mentor pour tous les gens de thé. Quelle émotion en saisissant entre mes doigts tremblants cette très fine cuillère joliment incurvée !

    Kamashi 2800

    L'invité d'honneur admire la cuillère à thé (crédits: Chûjô-sensei)

  • Kensui (建水 – récipient pour l'eau usée) : curieux récipient de bronze (唐銅 – karakane) étroit et profond, en forme de « protection de pointe de lance » (槍の鞘 – yari no saya).

  • Chawan (茶碗 – bol à thé) : bol noir de céramique du genre Kuro-oribe.

  • Kae-jawan (替茶碗 – second bol) : bol aux tons blancs de type Shino.  


Par Zazen Rouge - Publié dans : Shikoku Muchujin 2011 - Communauté : Tout sur le Japon
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 20:11

Notre voyage à Shikoku a hélas pris fin, mais il nous reste bien des choses à dire et des projets à mener à bien ! Je reviendrai aujourd'hui sur notre seconde journée au four du potier Akiyama-sensei afin de vous donner un aperçu des techniques de fabrication utilisées là-bas.

 

Le four Hendei-an noborigama Rokugô

Monsieur Akiyama a construit six fours de ses propres mains. Celui que nous avons vu à l’œuvre est un noborigama (登り窯), un type de four popularisé au XVIIème siècle au Japon et qui a pour particularités le fait qu'il est bâti sur une pente et qu'il possède plusieurs chambres de cuisson. Le foyer est placé à l'extrémité basse de la chambre tandis qu'une cheminée est construite à l'autre orifice. Dans son four, Akiyama-sensei peut placer environ un millier de pièces. Celles-ci mettront bien une semaine à cuire, puis il faudra laisser le tout refroidir pendant dix jours, que les températures à l'intérieur deviennent assez raisonnables pour qu'un être humain puisse pénétrer dans les chambres. Les potiers du Hendei-an procèdent à deux cuissons par an.

Chadogu 9959On comprend mieux l'expression "chaud comme dans un four"

Au départ, le foyer est réduit à un trou de dimension modeste par lequel on fait passer des morceaux de bois de la taille de petites branches. L'ouverture principale est d'abord obstruée par un amas d'argile séché que l'on casse ensuite pour pouvoir introduire de larges troncs coupés et des tronçons plus volumineux. Tout au long du processus, le four doit être maintenu à des températures pouvant avoisiner les 1200 degrés. Le Hendei-an est pour cela alimenté en bois nuit et jour, un travail fastidieux. Demandez donc leur avis à Jérôme, Guillaume et Thierry, qui se sont essayés à la taille du bois à la hache... Les potiers ont trouvé un réconfort bienvenu dans cette tâche ardue : quelques rasades de saké et ils se remettent à l’œuvre avec entrain ! On peut jouer sur l'oxydation des pièces et en altérer la coloration en comblant les ouvertures pratiquées dans le four. Enfin, on cesse l'alimentation et l'on bouche toutes les ouvertures afin que le feu meure.

Chadogu 9996Les gestes de Guillaume n'ont rien à envier à ceux de Jack Nicholson dans "Shining"

Chadogu 9989

Thierry alimente la fournaise

 

Caractéristiques des poteries Shigaraki-yaki

Il existe de multiples techniques artisanales de création de poteries au Japon. La plupart d'entre elles nécessitent des efforts que l'on ne soupçonne pas ! Nous avons eu de la chance d'avoir pu mettre la main à la pâte et réaliser le degré de difficulté de la chose. Les poteries fabriquées au Hendei-an appartiennent au style Shigaraki-yaki (信楽焼き), qui tire son nom d'une ville de la préfecture de Shiga. Ce genre de productions remonterait au Japon remonterait aussi loin que l'ère Kamakura (1192 – 1333) et aurait initialement servi d'ustensiles de la vie quotidienne : jarres, pots, bols mortiers... Les maîtres de thé ne s'y sont intéressés que plus tard, pour leur aspect rustique et proche de l'esthétique wabi-sabi (侘寂 – je réduirai ici ce terme à « la beauté des choses imparfaites et simples », mais je vous encourage à faire vos propres recherches sur cette expression complexe et cruciale dans l'esprit du thé).

Chadogu 0307Des formes très brutes pour certaines de ces poteries, qui ressemblent presque à de la roche.

Car elles ont un petit goût de bonne terre, ces poteries Shigaraki-yaki, avec leurs tons d'argile, leurs incrustations de dépôts de cendre, et parfois la marque des doigts du potier. Aucun émail n'est enduit sur les œuvres avant leur introduction dans le four. Mais l'exposition à de très hautes températures leur donne un aspect vitrifié. Selon l'endroit où elles ont été placées dans la chambre de cuisson, elles arborent des couleurs allant du brun au rougeâtre, en passant par l'ocre, des nuances cendrées, voire plus rarement des gris bleutés. Caressez du bout des doigts leur surface pleine de fines aspérités et vous comprendrez que l'appréciation d'un thé peut aussi passer par le toucher.

Chadogu 0258Examples de tasses produites au Hendei-an

Chadogu 0062

Les potiers sortent quelques tasses du four pour vérifier que tout fonctionne correctement.


 

Le travail de l'argile

Lors de notre première session, nous nous étions essayés à la réalisation de vases. Cette fois, le groupe adeptes du thé (« Les Bouilloires ») s'est adonné à la création de bols et de récipients à eau pure pendant que celui des amateurs de bonsaïs (« Les Buissons ») modelait avec talent des pots pour les arbres miniatures. La technique de montage des bols est assez similaire à celle que nous avons utilisée pour le vase, à savoir l'assemblage de boudins d'argile soigneusement lissés entre eux afin que l'eau ne s'échappe pas de l'objet fini. Une différence notable cependant : alors que l'on s'attachait à garder de l'épaisseur dans le cas du vase, le bol doit être aussi léger que possible pour faciliter son utilisation. Akiyama-sensei m'a aidée à confectionner un second bol non évasé pour l'hiver (筒茶碗 – tsutsujawan).

Chadogu 9976Niko-chan, la petite-fille de Monsieur Akiyama, marche sur les traces de son grand-père

J'ai par la suite pu fabriquer des tortues portes-baguettes avec un moule en plâtre. Thierry, lui, a été particulièrement productif puisque Monsieur Akiyama l'a laissé manier son tour de potier (轆轤 – rokuro). En un tournemain, il a produit vases, bols, coupes et jarre à saké sous les yeux admiratifs du maître ! D'après Thierry, le tour japonais se distingue de son confrère français : il tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Dans leur grande générosité, les potiers se chargeront de nous envoyer nos réalisations lorsqu'elles seront cuites au printemps prochain. Avis aux intéressés : si vous avez de l'espace et de l'argile, Akiyama-sensei est près à venir construire un four noborigama chez vous !

Chadogu 0263Pour faire plaisir à Télépiu: une tortue repose-baguettes réalisée par Akiyama-sensei

Chadogu 9978

Le potier et son tour

Nous terminons notre journée au four par un festin qui n'a rien à envier à ceux d'Astérix et Obélix. Sur la table : sushis faits main en forme de fleurs au congre (アナゴ – anago), aux œufs de saumon (イクラ – ikura) et à la daurade (鯛 – tai), des toasts en tous genres, des chips de bardane et de racines de lotus, et de délicieuses patates douces cuites au dessus du four à poteries. Voilà des végétaux japonais dont j'ignorais l'existence : les kuwai (クワイ). Ce sont les bulbes d'une plante, assez prisés dans la cuisine du Nouvel An car ils symbolisent le bourgeonnement et que cette idée implique un jeu de mot entre deux termes prononcés « medetai » (芽出たい/めでたい – des bourgeons qui essayent de percer/félicitations). Ceux-ci avaient été récoltés à Hiroshima et avaient la consistance savoureuse de la châtaigne ! Un grand poulpe a également été sacrifié sous nos yeux. Nous l'avons dégusté cru en compagnie d'une jeune sériole (はまち – hamachi) découpée avec dextérité par un poissonnier. Ambiance du tonnerre !

Chadogu 0023Pour vous mettre en appétit...

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Bulbes de kuwai

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Elle est pas fraîche ma jeune sériole?

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Poulpe et sériole crus, ça fond sur la langue!

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Merci à notre fine équipe!

 

 

Par Zazen Rouge - Publié dans : Shikoku Muchujin 2011 - Communauté : Tout sur le Japon
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 02:26

Les pâtisseries nerikiri

Comme je l'expliquais dans un billet antérieur, les namagashi sont littéralement des « pâtisseries crues » qui se mangent fraîches, le plus tôt possible après leur préparation. Le matcha léger (usucha) est généralement précédé d'un namagashi (生菓子)ou d'un higashi (干菓子 – sucrerie sèche). On servira en revanche un namagashi avant le matcha épais (koicha), mais pas de higashi. La semaine dernière, nous avons rendu visite aux artisans de l'établissement Sanyûdô (« Aux Trois Amis »), qui a été fondé pendant l'époque Edo par trois amis justement, et est une institution pâtissière de Takamatsu. Nous avons rejoint l'atelier de confection des gâteaux, à deux pas de la boutique. Une vraie caverne d'Ali Baba pour les gourmands : à droite, des préparations à base de châtaignes, des beignets cuits à la vapeur, des machines en tous genres, à gauche des réchauds, des boulettes de pâte de haricots blancs colorée, au centre des artisans qui s'affairent autour de confiseries et des saladiers de mixtures sucrées...

Namagashi 0154Le patron de Sanyûdô, côté boutique

Namagashi 0012

Dans les coulisses de la pâtisserie

La pâtisserie Sanyûdô produit bien des variétés de gâteaux : biscuits au riz (せんべい – senbei), pancakes fourrés à la pâte de haricots rouges (どら焼き – dorayaki), génoise d'origine portugaise (castella) à la confiture de cédrat japonais, et autres délices. Les délicatesses que nous avons créées sont des gâteaux frais de type nerikiri (練り切り), une pâte à base de haricots blancs, de sucre et de farine de riz. L'avantage de cette mixture est qu'elle peut être sculptée aisément, comme une pâte à modeler qui serait un peu fragile. Les artisans de Sanyûdô disposent d'une machine spéciale pour enlever la peau des haricots après qu'ils aient été bouillis. Ils fabriquent un grand bac de pâte nerikiri tous les deux jours.

Namagashi 0063La pâte nerikiri à base de haricots blancs et de farine de riz

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Autre type de gâteaux: les manjû cuits à la vapeur

 

Techniques de modelage

Ce jour là, nous avons pu expérimenter deux techniques. La première était employée dans la confection d'un chrysanthème (菊 – kiku). Un morceau de pâte blanche est passée au tamis grossier afin de former des filaments qui serviront à représenter les fins pétales de la fleur. On prélève une boule de pâte de haricots rouges (le fourrage) dans le creux de sa paume, et on le recouvre de filaments blancs à l'aide d'une paire de baguettes. Quelques filaments verts seront y seront ajoutés pour symboliser une feuille. Le cœur de la fleur est réalisé avec une petite boule de pâte jaune apposée au centre du gâteau grâce à un outil en bois du nom de sankaku-bera (三角ベラ) et qui reproduit des détails végétaux.

Namagashi 0040La pâte est rapée à l'aide d'un tamis

Namagashi 0053

Nicolas colle les filaments qui formeront la feuille du chrysanthème

Namagashi 0037-copie-1

L'outil sankaku-bera permet de créer le coeur d'une fleur en utilisant la pointe concave, mais aussi de former des pétales ou des veinures en employant les arêtes 

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Le résultat final!

La seconde technique permettait de produire une boule tricolore rappelant les couleurs des feuilles qui s'apprêtent à tomber, joliment appelée Kinshû (錦秋), « Brocart d'Automne ». On accole trois boules de pâte colorée (rose, jaune et verte) de dimensions égales et on les aplatit pour former une surface plate sur laquelle on dépose une boulette de pâte de haricots rouges. La boulette est ensuite enrobée entièrement avec la pâte tricolore. La fabrication ne s'arrête pas là : on enveloppe le gâteau dans un torchon en lin, que l'on tord légèrement. Ce procédé nommé chakin-shibori (茶巾絞り) laisse de belles impressions sur la matière tendre.

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Préparation pour gâteaux Kinshû

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Impression des plis du torchon en lin sur le gâteau

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Au premier plan le gâteau Kinshû, au second plan une feuille d'érable modelée par le pâtissier

L'artisan incroyablement patient et dévoué qui nous a épaulés s'est livré suite à nos demandes à un étalage de techniques diverses pour sculpter la pâte. En quelques mouvements des doigts et de pressions d'outils en bois, il a donné naissance à des fleurs de cerisier, de prunier, différentes chrysanthèmes, une feuille d'érable, un iris... Répondant à notre curiosité, il fait même chauffer des fers au rouge. Il marque ainsi sur des manjû (饅頭 – gâteaux cuits à la vapeur) ici des silhouettes d'oies sauvages, ici une feuille d'érable, là le sceau de la maison.

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Une variété japonaise de taro (サトイモ - satoimo), ingrédient de la pâte des gâteaux cuits à la vapeur

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Divers fers que l'on chauffe pour marquer les pâtisseries cuites

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Un gâteau manjû marqué d'une feuille d'érable

 

木型 – Kigata : Les moules à gâteaux en bois

Toujours dans le cadre de notre étude de la fabrication des gâteaux japonais, nous frappons à la porte de la boutique de Yoshihiro Ichihara, le seul et unique artisan de moules en bois traditionnels à Shikoku. Il a cette année reçu un prix pour son kit de confection de sucreries nippones. La boîte contient un moule et un racloir en bois, un sachet de sucre de canne (和三盆糖 – wasanbontô) de Shikoku, un vaporisateur pour humidifier le sucre et un livre de recettes... pour la modique somme de 160 euros ! Le prix élevé s'explique par le raffinement extrême et la précision des détails du moule, résultats d'un travail fastidieux. Ce sont de véritables œuvres d'art. Le sucre de canne est lui aussi un ingrédient coûteux. Il s'agissait autrefois d'une denrée rare, que l'on offrait lors des mariages ou des cérémonies religieuses.

Namagashi 0194Ichihara-sensei au milieu de ses créations

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Kit pour faire ses propres sucreries à la maison

Dans les vitrines d'Ichihara-sensei, ce sont des centaines et des centaines de moules qui s'entassent. Il y a de tout : du motif classique de pin ou de fleur de prunier aux masques de théâtre Nô, des carpes bondissantes aux phénix légendaires, en passant par les logos d'universités. Il y a même de minuscules crânes pour fêter Halloween ! La plupart de ces moules servent à la préparation de sucreries higashi, notamment celles dites rakugan(落雁), des compressions de sucre dont on fait souvent cadeau lors d'occasions particulières. D'autres moules sont utilisés pour donner des formes intéressantes aux pâtisseries fraîches comme les nerikiri que nous avons créés.

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Moules pour sucreries higashi

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Quand l'outil devient oeuvre d'art

L'avenir des artisans traditionnels de gâteaux japonais est désormais menacé par le développement de techniques moins coûteuses. Il est vrai que le prix de ces douceurs faites main avec des outils d'une grande sophistication semble élevé pour le gourmand qui ignore à quel point leur production est difficile. Les consommateurs se tournent plutôt vers des pâtisseries produites en Chine et décongelées. Notez cependant que les prix pratiqués par la pâtisserie Sanyûdô sont plus que raisonnables : 1,50 euro la pièce, quand on ne les trouve qu'à 4 euros à Paris !

Namagashi 0125On en a rêvé, les Japonais l'ont fait: le Play-Doh comestible!

Namagashi 0160Quelques exemples de pâtisseries fraîches réalisées avec des moules en bois

Par Zazen Rouge - Publié dans : Shikoku Muchujin 2011 - Communauté : Tout sur le Japon
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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 15:18

Les Muchûjin du Chanoyu Tour n'en finissent plus de goûter aux joies du monde du thé. Jeudi nous nous rendions à Nakatsu Banshô-en (中津万象園), une propriété bâtie par le seigneur Takatoyo Kyôgoku en 1688. Les « buissons » bonsaika Jérôme et Guillaume font les fines bouches, mais le jardin, qui représente le lac Biwa et ses huit îles, est tout de même splendide. Il y a même une maison de thé sur pilotis, le Kanshiorô (観潮楼), d'où on pouvait autrefois contempler la mer ! Nous sommes toutefois ici pour une toute autre raison que le tourisme : l'artisan Keiji Mihara, l'un des dix meilleurs de sa catégorie au Japon, va nous enseigner les secrets de fabrication des vases en bambous et des cuillères à thé. Un homme d'une gentillesse et d'une générosité à vous couper le souffle ! Il nous avait même ramené des biscuits d'Osaka, puisqu'il est originaire de la préfecture voisine de Nara.

Marugame 0102-copie-1Jeunes mariés dans le jardin de Nakatsu Banshô-en

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La cabane à thé Kanshiorô

 

花入れ – Hanaire : Le vase

Mihara-sensei avait sélectionné spécialement pour nous de superbes tronçons de bambous. « Ces bambous sombres s'appellent des susudake(すす竹). Ils étaient utilisés dans le faîtage des chaumières et noircissaient à cause de la fumée du foyer traditionnel (囲炉裏 – irori). Ceux-ci ont plus de 200 ans » nous explique l'artisan. Chûjô-sensei nous apprendra plus tard que ces magnifiques bambous patinés par le temps sont de plus en plus rares, et que les collecteurs se jettent dessus comme des vautours lorsqu'une vieille maison est détruite à Shikoku. Cela explique le prix exorbitant des fouets à thé de l'école Mushanokôji-senke, qui n'utilise que du bambou noir. D'autres morceaux de bambou de large épaisseur avaient été préparés. Ils venaient des grandes torches utilisées à l'occasion de la fête d'O-mizutori (お水取り) durant laquelle des moines allument des feux sur le toit du temple Tôdai-ji de Nara.

Marugame 0014Deux susudake (bambous noircis par la fumée des foyers) et leurs confrères les bambous réguliers

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Le susudake sur lequel je me suis acharnée pour faire un vase long à accrocher au mur

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Thierry, le compas dans l'oeil

Nous optons tous pour les bambous noirs, dont la beauté nous fascine. Selon leur découpe, on peut réaliser des vases à poser au fond de l'alcôve sacrée, ou à accrocher au mur. L'emplacement de la « fenêtre » dans laquelle viendront se placer les fleurs dépend aussi de la forme du vase. Certains vases possèdent même deux ouvertures. Après avoir délimité au crayon (ou au charbon) les dimensions de la « fenêtre », on en découpe le bord supérieur et le bord inférieur à l'aide d'une scie en forme d'arc. Contrairement à bien des outils occidentaux qui nécessitent l'emploi de la force, il s'agit ici d'exploiter l'efficacité d'un mouvement, ici de tirer et de pousser sur la scie. Une fois ces deux découpes parallèles effectuées, on fait tomber la fenêtre de deux coups de burin qui suffisent à fendre le bambou de façon rectiligne. « A cet instant précis, on passe du bambou ordinaire au vase. »

Marugame 0023En fonction du vase, on peut détruire les opercules à l'intérieur du bambou

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J'allais inclure un "vous me faites scier", mais ce ne serait vraiment pas de bon goût...

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Deux coups de burin, et votre vase apparaît!

Pendant que nous taillons les ouvertures de nos bambous et que nous les polissons à l'aide de papier de verre pour les rendre moins coupantes, Monsieur Mihara a fabriqué un vase à anse en à peine quelques minutes et encore moins de coups de scie. Plus fort : il taille un morceau de bambou blanc en forme de ressort ! Cela a l'air simple, mais c'est en réalité horriblement compliqué. Il est d'ailleurs le seul à posséder les clés de cette technique. Il ajoute enfin la touche finale à nos vases au moyen d'une perceuse, des trous pour pouvoir suspendre nos créations aux murs.

Marugame 0085A gauche, le vase de Nicolas

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Essayez un peu de le faire à la maison!

 

茶杓 – Chashaku : La cuillère à thé

La chashaku est cette petite cuillère en bambou qui sert à prélever le thé en poudre, et que l'on utilisait autrefois chez les apothicaires pour mesurer les doses de médicaments. A première vue, c'est un outil banal, un bête bout de bambou un peu raboté. Détrompez-vous ! Il vous suffit d'essayer d'en fabriquer une vous-même à partir d'un bambou, et vous vous rendrez compte que vous pouvez en briser des centaines avant d'en produire une médiocre. Les morceaux bambous sont choisis avec soin pour leur résistance et leur souplesse. On les passe au dessus de la flamme d'une lampe à pétrole, et une simple pression suffit à courber le bout du bambou. Ce dernier est immédiatement plongé dans l'eau froide pour qu'il maintienne sa forme.

Marugame 0118Mihara-sensei chauffe un morceau de bambou afin de pouvoir le courber

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L'eau froide aide à stabiliser la courbure

Avec un outil qui ressemble à un cutter et dont la lame est similaire à celle des katanas, on enlève les excédents de bambou pour former la cuillère. Celle-ci doit posséder deux qualités essentielles : prélever efficacement le thé, et pouvoir tenir sur le couvercle d'une boîte à thé, car on la dépose à cet endroit au cours du rituel d'élaboration du thé (temae). Les vilaines cuillères indisciplinées ont tendance à bondir sur les tatamis ou à tourbillonner comme des pales d'hélicoptère lorsqu'une main mal assurée tente de les déposer sur la boîte à thé ! Pour remédier à ce problème, on polit le dessous de la cuillère avec du papier de verre. On peut aussi en rectifier la courbure en la repassant au dessus d'une flamme.

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Mihara-sensei fait en deux minutes ce que nous prenons une demi-heure à créer

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Dur dur de réaliser des arrondis au cutter? Il vous le fait en deux temps trois mouvements!

Les cuillères à thé ont en dehors de ces aspects pratiques des personnalités bien définies. Telle ou telle forme, appréciée de tel ou tel maître, porte en elle des significations particulières. Il en va de même pour les motifs, la couleur, l'âge du bambou... Quelle n'est pas l'habileté du maître lorsqu'il manipule la matière. Tandis que nous peinons à maîtriser le trait de notre lame, il coupe avec douceur comme s'il taillait du beurre. Sous ses doigts, le bambou semble étrangement vivant, un animal docile qui se plie aux volontés de son propriétaire. Enfin, il biseaute le bout du manche, ce qui signifie que la cuillère est terminée.

Marugame 0099Mes futures cuillères

Voici quelques exemples de cuillères que nous avons sculptées grâce au maître :

  • Avec un morceau de bambou blanc moucheté de noir que j'avais choisi, le maître a créé une cuillère au manche fin, évasée à son extrémité, très féminine. Vu sa délicatesse, elle peut s'utiliser avec les boîtes à thé plus formelles qui accompagnent le thé épais (茶入れ - cha-ire), et dont les ouvertures sont plus étroites que celles des boîtes à thé léger (棗 – natsume). D'ordinaire, seules les cuillères exceptionnelles reçoivent un nom définitif, qui leur est attribué par un maître, un moine célèbre, etc. Cependant, nous avons tous souhaité donner un nom aux cuillères que nous avons reçues. J'ai nommé celle-ci Orihime, en référence à la princesse des étoiles que l'on fête le 7 juillet, à cause des motifs qui rappellent des étoiles filantes.

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    Orihime, estivale et féminine

  • Mihara-sensei a ajouté les touches finales sur une cuillère que j'avais courbée et taillée moi-même. J'avoue avoir été assez intriguée en voyant la pointe taillée de manière inégale. Puis le maître a ajouté : « Tu as vécu un an à Kyôto n'est-ce pas ? Tu as assisté à la fête de Gion en juillet ? J'ai fait cette cuillère en forme de lance pour que tu te rappelles celle qu'il y a sur le premier char de parade de la fête (長刀鉾 - naginataboko) ». J'ai esquissé un large sourire, mais en vérité, j'étais émue aux larmes.

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    Les trois cuillères que j'ai pu garder

  • Nicolas a sculpté une cuillère dont le bout ressemble à la forme que font deux mains jointes en une prière, d'où son nom Gasshô (合掌 – prière). Sa deuxième cuillère possède un unique point noirci au milieu, une marque qui dégage une forte aura de puissance selon les connaisseurs.

  • Thierry a confectionné une cuillère à partir d'une fine racine de bambou, dont la forme évoque le corps d'une libellule. Son autre création a été faite sur un morceau de bambou très noueux, rappelant le passage des années.

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    Bambous choisis par Thierry pour fabriquer ses cuillères

  • Taoka-sensei a fabriqué une cuillère sur un morceau de bambou troué par un insecte. Elle lui a donné un nom à la fois beau et terrible. Zanshô (残照), « le dernier éclat », fait allusion entre autres aux reflets du soleil qui disparaissent sur l'océan. « J'arrive bientôt à la fin de ma vie, sourit Taoka-sensei. Mais j'ai encore la force d'émettre de la lumière ! »

    Marugame 0145Merci à Taoka-sensei pour ses traductions, sa disponibilité, et sa bonne humeur!

Par Zazen Rouge - Publié dans : Shikoku Muchujin 2011 - Communauté : Tout sur le Japon
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